Si j'avais pu choisir la fin de notre histoire, voici comment elle serait:
Nous serions peut-être réstés en Allemagne ou bien nous serions allés dans un autre pays. Peu importait. Nous aurions trouvé une école assez prestigieuse, avec internat où loger. Majeurs, nous aurions acheté une maison, ou un appartement celon l'argent qu'il nous restait de notre père. Mais ça aurait été le temps de faire des études. Je ne sais pas ce que j'aurais fait, Tom non plus n'en savait rien, mais notre futur métier nous aurait fait faire le tour du monde, gagné assez d'argent pour vivre agréablement. Je me serais marié, Tom aussi. Notre situation de famille nous aurait fait arrêter les voyages dans le monde, mais nous pourrions toujours partir en vacances. Nous serions voisins de maison. Nos enfants seraient heureux, notre femme aussi. Nous aussi. Je verrais Tom tous les jours. On ne se quitterais plus jamais.
Mais ça ne s'est pas passé comme ça. Comment recommencer à vivre lorsqu'on commence à comprendre qu'on ne peut plus retourner en arrière? Il y a des blessures qui ne guérissent jamais et qui saignent toujours, et des cicatrices qui marquent à vie. Comment oublier le mal lorsque celui-ci réside à jamais devant vos yeux qui, désespérément, tentent de ne pas le regarder, mais qui ne peuvent pas faire autrement pour avancer et regarder où mettre les pieds? Comment ne pas penser à ce qui fait mal? A ce qui vous bat tout au fond de vous-même? C'est impossible.
Malgré toute la volonté dont avions fait preuve pour oublier, nous n'avons jamais pu oublié. Quand je regardais Tom dans les yeux, je voyais toujours ce mal, cette tristesse, cette douleur qui luisait dans ses pupilles. Il voyait la même chose dans les miens. Nous avions une maladie qui ne pouvait guérir. Nous étions malades de nous-même, malades de ce passé déchirant, lacérant, tuant. Nous n'avons jamais réussit à en guérir. Et elle vînt à bout de nous. Mais qu'importe, dans le fond. Que nous soyons ici, là-bas, dans les nuages, ça n'avait aucune importance. A une condition: que nous soyons à deux. Et si la condition était remplie, le monde pouvait bien s'arrêter de tourner, nous pouvions bien mourir, on s'en fichait pas mal, tant que nous étions ensemble.
Maintenant je sais, lorsque je regarde la terre de là-haut, Tom à côté de moi me tenant la main, qu'il y a bien peu de bonheur sur Terre pour un être qui ne sent pas entier, complet et en accord avec ce qu'il est. Je sais que, outre les lampadaires qui envahissent le ciel une fois la nuit tombée, derrière il y a les étoiles, l'immensité, la grandeur. Nous accrochons tous une étoile dans la nuit lorsque nous disparaissons, histoire que ceux qui nous ont connu ne nous oublissent pas. Et je sais encore que dans cette mer étoilée, je n'ai jamais été aussi heureux, je n'ai jamais autant souri. Tom aussi sait cela. Nous savons qu'il n'y a pas besoin de grand chose pour être heureux. Il n'y a pas besoin de tant d'artifice, de tant d'argent, de tant de monde pour se fendre les joues. Il faut juste être entouré des personnes qu'on aime. Ca suffit...



