Le Troisième Sexe

Le Troisième Sexe
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Chapitre 4:
Bill s'est endormis. Sa tante ne l'a réveillé que le lendemain. Le jeune homme se retrouve habillé dans son lit, ses cheveux sont collés sur ses joues à cause des larmes. Il va se laver, il descend déjeuner avec sa tante.
- C'est à quelle heure ? demande-t-il.
- C'est à onze heures.
Bill boit une gorgé de café, puis demande :
- Maman sera là ?
- Non, malheureusement. Elle n'arrive que ce soir.
Le garçon soupire, déçut. Puis il risque :
- Et... papa ?
- Je ne sais pas, je n'ai pas de nouvelle de lui...
Bill soupire une seconde fois, ça fait des années qu'il n'a pas vue son père. Il termine son bol, puis change de sujet :
- J'ai une sortie à Paris, mercredi prochain, jusque jeudi.
- Il faut signer un papier ?
- Oui, je te l'apporte.
Bill va chercher le papier et lui fait signer. Puis il remonte se préparer pour l'enterrement. Il n'a pas a choisir dans ses vêtements, ils sont pratiquement tous noirs. Il prend simplement les plus chics.
- Bill tu es près?! Appelle sa tante.
- Presque!
Bill s'habille en cinquième vitesse et dévale les escaliers pour rejoindre sa tante qui l'attend déjà dans l'entrée, la porte ouverte.
A l'église, pas beaucoup de gens de la famille, mais beaucoup d'amis de Tom. Les larmes inondent chaque joue, et chaque joue est défigurée par la tristesse, et la tristesse ravage le petit groupe de personne, venues rendre hommage à ce garçon partit trop vite et trop tôt.
Après la marche dans le cimetière, Bill reste seul. Il demande à sa tante de ne pas l'attendre, il rentrera à pied. Il s'accroupie, dans le froid, sur l'herbe blanchie à cause du givre de Décembre, devant la pierre tombale, renfermant son frère et son secret.
« Ho Tom... c'était long, cette cérémonie, j'ai cru qu'elle ne se finirait jamais... mais j'espère que tu l'as apprécié. C'est bizarre la vie sans toi... c'est triste... c'est monotone... et ça ne fait que trois jours. Trois jours déjà que je t'ai perdu... et j'ai déjà du mal... alors qu'est ce que va être une vie? Je ne tiendrais pas Tom... c'est trop moche sans toi... En plus, il y a quelque chose d'autre qui me tracasse... mais en plus c'est pas une fille... c'est un garçon... Enfin je sais pas, il est si... différent! Il est beau en plus je l'avoue... C'est bizarre... tu vois, je ne suis pas moi quand tu n'es pas là... Ho Tom... pourquoi il a fallut? J'en souffrirai durant ma vie entière... je t'aime. »
Bill porte sa main à ses lèvres, y dépose un bisou, puis touche l'extrémité de la tombe. Il se relève.
« Prend soin de toi, là où tu es... »
Puis il part. Il passe devant la boulangerie... et s'achète un petit pain qu'il mouille de sa tristesse. Et comme si le destin voulait le faire encore plus souffrir, un jeune homme rêveur passe par là...
- Tien Bill!
Bill se retourne, Matt lui fait face. Le blond ne comprend pas pourquoi son nouvel ami pleure en mangeant un petit pain au chocolat...
- Il y a quelque chose qui ne va pas? S'inquiète-t-il.
Bill ne veut pas en parler. Pas à lui.
- Non, ça va c'est juste un putain de moucheron qui s'est écrasé dans mon ½il, dit Bill en essayant de gérer au mieux ses sanglots.
- Ha, oui... dit Matt qui n'en croit pas un mot, tu es tout seul?
- A part l'arbre à ma droite, je suis effectivement seul...
- Oui...
Bill le met mal à l'aise. Étrangement, l'inverse se produit aussi.
- Et toi, qu'est ce que tu fais? Demande Bill.
- Je m'ennuie. Tu vas à Paris?
- Ouais, j'ai toujours voulu aller voir cette ville. Tu viens toi aussi?
- Oui.
Bill aurait voulu dire un mot du genre « cool », « super » ou « trop bien », mais il se retient.
- Je peux rester avec toi? Demande Matt.
- Quand?
- Ben maintenant...
- Heu si tu veux... je rentrais chez moi, mais tu peux venir si tu veux... répond Bill un peu surprit.
- Ça te dérange pas?
- Non non...
Ça ne le dérange pas, ça le met encore plus mal à l'aise.
- Tu viens? Dit Bill en se mettant en marche.
Matt s'empresse de le rattraper, tout souriant. Bill le trouve un peu spécial... il a 18 ans, mais il se comporte comme un petit garçon de 8 ans, et encore... mais son style montre une étrange démarcation. Aujourd'hui, il porte un jean très séré qui moule ses maigres jambes, une chemise avec deux ou trois boutons de fermé et son habituel petit sweat noir. Bill aime beaucoup. Il se demande pourquoi il traîne tout seul dans une ville qu'il ne connaît pas.
Ils arrivent chez Bill, sa tante accueille son ami comme il se doit. Elle leur demande:
- Vous avez faim?
- Non merci j'me suis acheté un truc tout à l'heure, répond le neveu.
- Merci j'ai déjà mangé, répond Matt avec une gentillesse exemplaire.
Ils montent tout deux dans la chambre de Bill. Son propriétaire s'affale une fois de plus sur son lit. Matt contemple une photo de Bill et son frère.
- Il est mignon le garçon à côté de toi, c'est ton frère?
- Oui...
- Il a l'air sympas!
- Oui, il l'était...
- Il l'est plus?
- Non, enfin si! Oublie...
- Hum...
Il s'assoit sur le lit de Bill et regarde un cliché de ce dernier tenant dans ses bras une jeune fille.
- T'as une copine? demande-t-il.
- Pourquoi cette question? Rebondit Bill en se redressant.
- Pour savoir, C'est qui alors ? demande-t-il en pointant la photo.
- Une cousine...
- Ha... J'ai cru entendre que beaucoup de filles étaient à tes pieds au lycée.
- Oui je sais, dit Bill, se vantant presque, mais elles savent très bien que je suis pas facile.
- Pas facile?
- Compliqué...
- Compliqué?
- Mais! Arrête de répéter tout ce que je dis!
- Pardon... mais pourquoi tu dis ça?
- J'suis des fois... un peu dur avec elles.
- Dur?
- Je les oblige à faire des choses qu'elles n'ont pas forcément envie de faire avec moi !
- Des choses?
- Tu veux pas que je te fasse un dessin non plus?!
- Vu comment t'es nul, non.
- Bien.
- Quoique tu pourrais peut-être me faire un Picasso érotique...
- Hahaha, non je crois pas.
Un long silence s'en suit. Il est trop... étrange ce Matt. Ce dernier ce relève et demande en pointant l'ordinateur sur le bureau:
- T'as Counter Strike là dessus?
- Ouais, confirme Bill, tu veux jouer?
- J'suis sûr que j'te latte...
Ils se mettent à jouer au jeu. Bill bat Matt à plate couture à la première manche, mais le perdant prend bien sa revanche. Après une heure, Matt laisse son joystick et s'en va de la chambre.
- Hé ben où tu vas?! Demande Bill.
- ... chiottes, crie Matt dans le couloir.
- Ha... tu les trouves?
- Non!
- En face des escaliers!
- Merci!
Deux minutes plus tard, le blond est de retour dans la chambre. Il s'assoie sur le lit. Il paraît soudain triste. Bill s'assoie à ses côtés.
- Y'a un truc qui va pas? Demande-t-il
- Moi, contrairement à toi, j'ai jamais eut de copine, enfin si, une, quand j'avais 13 ans. Mais ça a duré dix jours, confesse Matt.
- Ha... ben ça va venir t'inquiète pas.
- Hum...
Il faut dire qu'il est spécial comme garçon, mais Bill le trouve très beau, c'est déjà un grand atout.
- Tu veux vraiment pas faire le Picasso? Demande Matt.
- Oublie ce projet tu veux...
Matt soupire.
- Je vais peut-être y aller, ma s½ur ne sait pas que je suis là.
- Sauve-toi alors!
Bill l'accompagne jusqu'à l'entrée, Matt s'éloigne :
- A lundi !!!
- A lundi.
Il referme la porte. Bill retourne dans sa chambre, sur son lit.
« Tom, mon Tom, je change de trop... j'aime un garçon... enfin je crois... »
Bill ne sait plus très bien où il en est, c'est surtout ça. Il est perturbé par ce manque qu'a créé la mort de son frère, et il croit que Matt peut peut-être le combler.
Les jours défilent. Bill et Matt s'entendent bien, mais rien de spécial ne se passe. Et c'est aujourd'hui le départ pour Paris. Bill arrive dans les premiers et choisi une place au fond du bus qui les attend devant le portail du lycée. Il s'inquiète en voyant le car se remplir, et ne voyant pas Matt arriver. Tout le monde est prêt, le car est prêt à partir, mais...
- Attendez-moi!!!
Matt arrive en courant, tout rouge, son sac sur le dos. Il monte, et le bus part. Bill lui fait signe de s'asseoir à côté de lui.
- J'ai bien cru que t'allais me laisser y aller seul! S'écrit Bill en souriant.
- Et moi j'ai cru que j'allais avoir une crise cardiaque en courant jusqu'ici.
- Mon pauvre Matt...!
- Pas ma faute... tu sais, le réveille qui sonne pas... explique le blond.
- Ha, je connais assez bien...!
- Je connais trop bien!
Matt sort de son sac un énorme paquet de crocodiles Haribo.
- Tu commences déjà?! S'écrit Bill.
- Y'est jamais trop tôt pour ça...
- T'as raison.
Certains c'est la drogue, d'autre la clope, mais Matt lui, c'est les bonbons. Ce n'est pas plus mal... et vu comment Matt est épais, il peut largement se le permettre.
- Tiens, dit-il en tendant à Bill une grosse poignée de bonbons de toutes les couleurs.
- Merci!
Et tous les deux se gavent de bonbons, évidemment, l'entourage se propose pour aider à terminer le paquet.
- On dort où à Paris?! Demande Matt.
Bill hausse les épaules.
- Dans un ancien internat réaménager pour ça, je crois, dit un garçon derrière eux.
- Ha!
Cette perspective plaît à Bill, on ne se demandera pas pourquoi. Vers 14h, ils arrivent aux pieds de la capitale française.
- J'ai... commence Bill.
- Quoi?! Coupe Matt.
- ...jamais...
- Moi non plus!
- C'est...
- Oui!
- Hein?!
- Oui!
- Quoi oui?!
- Oui, oui j'approuve! Moi aussi... tu sais!
- Je voulais simplement dire que c'était beau...
- Ha.
Matt et son esprit déplacé son toujours de la partie.
- Tu sais... recommence Bill en admirant les boulevards.
- Ben non.
- Laisse moi terminer ma phrase! S'énerve-t-il.
- Mais pourquoi?
- Rendors toi...
Con, con, il est con pense Bill.
- Je peux pas dormir, j'ai faim, explique Matt.
- Mais t'as bouffé je ne sais combien de paquets de bonbons!
- N'empêche que j'ai toujours faim.
- Oui ben rendors-toi, on entendra plus ton ventre brailler comme un veau égorgé, s'énerve Bill.
- Ho toi, t'es de mauvaise humeur!
- RENDORS-TOI!
Matt se fait tout petit après cet ordre qui méritait d'être suffisamment clair. Il ne comprenait pas pourquoi Bill avait des sauts d'humeurs pareille, et ce derniers en avait mart des gamineries de son voisin de voyage.
Bill se retourne vers la fenêtre de telle façon à tourner le dos à Matt. Le bus passait en ce moment sous l'Arc de Triomphe.
« Tom, j'ai toujours voulu voir ça... mais avec toi... ton absence me ronge le c½ur de jours en jours. J'en ai mart de tout, même du garçon dont je t'ai parlé... je ne supporte plus rien... je n'apprécie plus les choses qu'on m'offre... je ne m'aime même plus... ho pourquoi es-tu déjà partit? Où est-il le responsable de ta perte?! Si je le trouve... je te promets, ho Tom je te le promets, je te vengerais comme il se doit... »
C'est les yeux humides que Bill contemple la ville qui le fascine. Il se dit qu'il faut qu'il arrête, il faut qu'il prenne sur lui. Toute la semaine, il a crié sur Matt, sans raison apparente, alors que ce garçon est gentil et beau comme un c½ur. Bill croyait « l'aimer » avant, maintenant, il n'est plus sûr d'aimer quoi que se soit. Il s'est tout simplement défoulé sur lui, car il était là, alors il prenait. Bill déversait toute sa tristesse sous forme de colère implacable sur le blond, et ce dernier encaissait, il ne disait rien, l'incompréhension totale ravageait son cerveau. Et Gustav... et Georg... ses amis? Quels amis? Georg ne le regarde même plus, Gustav est... entre les deux, il ne sait lui-même pas ce qu'il doit faire: laisser tomber Bill parce qu'il aurait tué Tom? Ou bien le soutenir dans sa perte d'un double indispensable? Bill ne sait plus quoi penser de ces deux là...
Il aimerait... il voudrait, s'il pouvait, partir aussi... un jardin... un ruisseau, un visage dans des cheveux d'or isolé dans un corps perdu, le regard ambiguë jusqu'au fond des yeux. Des lèvres bougent toutes seules, aucun son de s'en évade. Le garçon le regarde... « Ne viens pas... jamais ».
- Ça va?!! S'écrit une voix.
Matt secoue Bill comme un pantin.
- ... quoi...? Répond Bill d'une voix endormit.
- Ben arrête de donner des coups de pieds dans le siège de devant!
- Ha je faisais ça?!
- Quoi, tu t'en rappelles déjà pas? C'est y'a trente secondes.
- J'm'en suis pas aperçus... je crois... je crois que j'ai dormis.
- Ha... ben calme-toi un peu, tu fais peur quand tu t'y mets.
Bill écarquille les yeux en voyant le tissu du siège avant tout déchiré à cause de ses bottes. En fait, il ne s'était même pas rendu compte qu'il s'était endormi. Il venait de faire un rêve étrange... il y avait Tom allongé dans une herbe si verte, à côté d'un ruisseau où coulait une eau si pure... Et il lui disait de ne jamais le rejoindre, de rester ici. Le contraire de ce que Bill espérait...
Le bus se stoppe. Les portes s'ouvrent. Matt se lève.
- Tu viens? Demande celui-ci en ne voyant pas son ami bouger un petit doigt.
Bill se redresse et se lève. Il met son sac sur son dos et sort du bus. Le froid poignant l'oblige de force à fermer son blouson de cuir. Matt souffle son haleine chaude sur ses mains toutes rouges à cause de la morsure de l'hiver. Bill enfouit les siennes dans ses poches de pantalon. Il aperçoit Gustav rire aux éclats en compagnie de Georg et quelques autres. Bill les fixe, il voudrait rire avec eux, mais quelque chose l'en empêche, il reste planté là, à côté de Matt qui essayait vainement de faire glisser sa fermeture de manteau jusqu'en haut.
- Tu veux...
- S'il te plaît.
Bill parvient à fermer le blouson de son ami. Matt tout heureux l'embrasse sur la joue.
- Hé?! S'écrit Bill étonné.
- Tu préfères comme ça?...
Il l'embrasse sur la bouche sans que Bill ne s'y attende. Ce dernier le repousse violemment de lui. Matt rougit comme un poivron. Bill ne sait plus où se mettre face aux regards des autres élèves pointés sur lui. Heureusement les professeurs font l'appel, de qui l'excuse de partir vers les personnes qui s'en chargeaient, laissant Matt se faire insulté de sal PD.
Puis le groupe se met à marcher, derrière les professeurs, vers la Cathédral Notre Dame. Bill reste en tête du cortège, pour éviter de croiser quelques regards méprisants. Matt? Bill ne s'en occupe pas, mais l'inverse, si.
- Bill! Putain attend-moi!
Bill ne se retourne pas. Mais Matt arrive enfin à côté de lui. Bill croise les bras pour éviter qu'il ne lui prenne la main.
- Excuse-moi...
- De quoi?! Le mal est fait! Crie Bill en s'arrêtant.
Les élèves les contournent, comme l'eau d'un fleuve contourne un tronc d'arbre mort.
- Je t'en pris pardonne-moi, je voulais pas!
- Tu l'as quand même fais! Nan mais tu t'imagines la réputation que tu m'as donné un peu?!
Bill est hors de lui.
- C'est bon putain je m'excuse!
- Ta gueule! Tes excuses tu te les fous dans le cul!
Sur ses mots, Bill se faufile entre deux groupes d'élèves et Matt ne peut plus que s'en prendre à lui-même. Il ne sait même pas pourquoi il a fait ça, il n'a pas contrôlé ses pulsions. Son inconscient l'a poussé à faire un acte renfermé en lui qu'il s'était juré de ne pas dévoiler...
« Aide-moi, je suis fou... quand t'étais là, je me sentais bien mieux... maintenant, c'est comme si j'avais disjoncté... je ne me retrouve plus. »
Oui, Matt aussi, a perdu un proche... dont il était trop proche.

# Posté le samedi 31 mars 2007 04:23

Modifié le samedi 26 janvier 2008 06:55

Le Troisième Sexe

Le Troisième Sexe
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Chapitre 5:
L'océan d'étoiles prend sa place, l'astre roi de la nuit scintille, répandant ses rayons d'argents sur le visage assombrit du jeune homme blond. Des formes noirs l'entourent, se glissants les unes entre les autres, le doublants, le bousculant. Mais Matt ne les voit pas. Il ne voit que Lui, marchant devant à quelques mètres, ignorant sa présence si proche. De dos, personne ne serait tenté de dire que c'est un garçon, son physique androgyne l'en défend presque. Les formes noirs le poussent, Matt se retrouve isolé sur le côté, perdant de vu sa contemplation. La lumière dorée des illuminations de Noël vient s'ajouter aux petites touches d'argent au fur et à mesure que le groupe avance dans la Géante Française. Matt s'adresse à Elle, Elle qu'il a perdu, via son c½ur:
« Qui pourrait me sauver? Sinon toi? Sinon Lui? Je suis perdu... personne ne me retrouve... en te perdant, j'ai tout perdu... je me suis moi-même perdu... je me suis oublié. Qui suis-je au font de moi? Toi tu le savais. Tu avais les mots pour me décrire. Reviens-moi... Reviens-moi pour me dire qui je suis et quelle est ma place... ho retrouve-moi... »
Et c'est finalement quelques petites gouttes brillantes au claire de lune qui l'emportent sur la conscience pourtant téméraire du garçon. Il tente de se rapprocher de Lui. Il se place juste derrière, il peut presque sentir l'odeur de sa nuque s'il penche la tête. Ses cheveux noirs dansent au rythme de sa marche, ses mèches blanches miroitent l'éclat de la lune et des illuminations.
« Je t'en pris, là, j'ai plus que jamais besoin de ton aide. »
Matt dépose sa main sur l'épaule de Bill. Celui-ci se retourne lentement et regarde la cause de sa sensation de toucher. Puis son regard remonte sur le bras, puis fixe les yeux de Matt. Le jeune blond remarque une colère effrayante dans sa façon de le regarder. Il retire sa main et s'excuse en silence. Le visage efféminé de Bill se retourne en ne laissant dans le souvenir de Matt qu'un regard noir chargé de reproches.
- Je t'en pris excuse-moi... dit doucement Matt, marchant toujours derrière lui.
Bill se retourne brusquement et entièrement, le bras tendu, près à frapper. Mais lorsque sa main allait gifler la joue du blond, qui serrait les dents, il se retient, frôlant le visage humide de son ami. Bill reste longtemps dans cette position, les doigts touchant la joue de Matt, essuyant ses larmes. Ce dernier baisse les yeux, n'osant regarder autre chose que ses pieds. La main de Bill descend jusqu'à son menton et redresse le visage du garçon. Mais Matt ne veut pas regarder. Tout le groupe est au loin. Bill parle en chuchotant presque:
- C'est à moi de m'excuser... pardonne-moi.
Les paupières de Matt se relèvent, laissant apparaître ses yeux constellés de larmes. Bill caresse la mâchoire du blond en souriant.
- S'il te plaît ne pleure pas pour moi.
Il bascule sa main et caresse la chevelure blonde. Il arrive à sa nuque et, doucement, il rapproche son visage du sien. Leurs nez se touchent, leurs lèvres entrent en contact, les mains se perdent. Le visuel se coupe. Puis les langues l'emmêlent, les salives se mélangent. Les respirations s'accélèrent, la chaleur monte. Les mains s'effleurent, les lèvres se purifient. La sensation de ne faire qu'un que procure le baiser console les deux âmes brisées et les ressoude ensemble. Mais ce rêve que tous les deux voulaient vivre depuis qu'ils s'étaient aperçus pour la première fois fût vite anéantit par l'appel des surveillants.
- Bill! Matt! Vous allez suivre oui?!
Bill libère la bouche de son ami, et Matt s'éloigne de la chaleur avec regret. Ils se regardent l'espace d'un instant puis se dirigent vers le groupe d'élèves. Aussitôt, les rumeurs fusent de toutes parts. Matt ne s'en soucie guère, mais Bill se sent affreusement mal à l'aise. Il n'ose pas lever le regard de peur de se heurter à des visages désapprobateurs. Pourtant, il ne regrette pas ce qu'il vient de faire, loin de là. Il a même pleinement apprécié.
La petite troupe se remet en marche et arrive enfin devant la cathédrale illuminée. Ils reviendront demain pour la visiter de l'intérieur. Matt s'est blottit contre Bill dans sa contemplation de cette merveille ancienne. Et Bill l'a serré contre lui comme il se doit tout en gardant le regard fixé sur la demeure illuminée. Aucun des deux ne parlaient, ils n'osaient pas, les gestes s'exprimaient d'eux même. Les regards désobligeants des autres élèves commençaient à devenir agaçants. Les rumeurs devenaient un peu trop hautes et les insultes dites en passant se faisaient de plus en plus nombreuses.
« Bande d'homophobes » a pensé Bill.
- PD!
- Fillettes!
- Momo d'enculés!
- Grandes folles!
- P'tites bibiches!
Chaque claque de mots faisaient un peu plus monter la pression des deux garçons collés l'un à l'autre. Il en a fallut une de trop pour que la colère de Bill éclate:
- Vos gueules! Vous êtes choqué par ça? Ben c'est que vous n'avez pas grand chose dans la cervelle!
Suite à ses mots, il retourne Matt et l'embrasse fougueusement devant toute l'assemblée. Le blond, surprit de cette violence soudaine alors qu'il admirait la cathédrale, se retire et grimace. Tous alors rient, le visage totalement hilare. Bill baisse la tête de honte et s'éloigne après avoir remarqué que Gustav l'avait vu faire. Il trouve un banc et s'y assoit. Matt s'empresse de le rejoindre et se poste devant lui, mais Bill ne veut rien entendre.
- Qu'est ce qui t'as pris de faire ça comme ça?! Demande le blond, t'étais si... si doux tout à l'heure.
- J'voulais leur donner une leçon, mais tu n'as pas adhéré à mon acte, explique Bill, perdu dans sa contemplation de ses chaussures.
- J'ai été surpris, c'est tout, je sais pas... tu m'as fais ça comme ça, j'ai pas compris ce que tu voulais.
- Tu m'as surtout ridiculisé...
- C'est ta faute aussi tu n'av...
- Ferme-là j'ai compris, coupe Bill, ma réput' est foutue.
- Tu tiens plus à ta réputation ou à moi?
Bill frissonne. Matt s'assoit à côté de lui et l'enlace. Bill enfouit son visage dans le cou de son ami, si on peut encore parler d'ami.
- A toi... chuchote-t-il.
- Alors montre-le moi un peu plus, murmure l'autre.
Bill passe ses mains sous le manteau de Matt et caresse ses côtes. Il défait son visage de sa cachette et mouille les lèvres du blond de sa salive, tout en retirant une mèche dorée perdue au milieu de la figure de sa victime. Matt ouvre la bouche et accueille la langue percée de Bill, mettant en vigueur une danse effrénée. Le blond griffe de cou de l'androgyne, qui lui gémit d'un plaisir presque assouvit. C'est dans cette chaude ambiance que Matt s'arrête, se retire et se love contre le torse de Bill, qui l'entour de ses bras en embrassant ses cheveux.
- C'est bizarre, dit Matt en callant sa tête sur la mince épaule de Bill.
- Qu'est ce qui est bizarre ? Demande Bill entre deux bisous.
- De t'aimer.
Bill s'arrête et se redresse, éloignant doucement Matt de lui pour le regarder dans les yeux.
- C'est-à-dire ? S'inquiète l'androgyne.
Matt lève les yeux au ciel, ses pupilles reflétant la poussière d'étoile du ciel.
- Explique-moi, insiste Bill.
- Je sais pas... c'est juste que... je ne m'attendais pas à ça avoue Matt, toujours mystérieux dans sa contemplation du haut plafond scintillant.
- Ça ne te plaît pas ? demande Bill, perturbé par cet aveu.
Matt rabaisse la tête et plonge son regard dans les grands yeux en amande de Bill. Il écarte sa mèche qui lui voile un ½il, et dit en souriant :
- Si, bien au contraire et j'en suis même surpris.
Un sourire sans limite étire les lèvres de Bill, dévoilant ses dents légèrement poussées en avant. Il se rappelle ce que Matt lui avait dit chez lui l'autre jour : « j'ai jamais eut de copine ».
« Peut-être que c'était la première fois qu'il embrassait quelqu'un, se demande Bill, et c'est donc moi sa première fois. »
Matt sourie aussi, plus que jamais ravissant aux yeux de Bill. Mais cet instant figé fût vite anéantit par l'appel d'une relation placé en quarantaine...
- Bill?
Gustav est là, à quelques mètres, n'osant plus s'approcher, dos à Bill. L'androgyne se retourne et son sourire meurt à la vue de cet autre blond.
- Qu'est ce qu'il y a? demande celui-ci, méfiant.
- Je... On y va.
- On arrive, dit Matt toujours souriant.
Il se lève le premier et prend Bill par la main sans que celui-ci ne puisse prononcer le moindre mot. Ils rejoignent le groupe sur les talons de Gustav. A l'arrivée de Bill, tous affichent un sourire moqueur. Il sifflote tout en regardant les illuminations de Noël sans prendre en compte ces visages niais. Matt l'imite et ils forment à deux un couple dans les étoiles, coupé du monde réel.
Le trajet passe ainsi, les élèves se lassent de les narguer, déçus par aucune réaction de leur part. Ils arrivent enfin à l'hôtel.
- C'est... on doit dormir dans ça?!! S'écrit Bill en voyant le bâtiment.
C'était un... une petite tour miteuse.
- Oui, c'est ça je crois, dit Matt, dégoûté.
Tous les deux restent là, au milieu du trottoir, le nez levé vers les petites fenêtres poisseuses qui donnaient sur des chambres non éclairées.
- Je me demande comment sont les chambres... soupire Matt.
- Si on prend en compte l'état extérieur, je n'ose pas imaginer, déclare Bill.
Les professeurs font signe d'entrer. Les deux garçons s'avancent et sont agréablement surpris par l'arrangement du petit hall. Ça ressemblait à un hôtel normal, en fin de compte.
- Bien! Vous allez former des groupes de deux, non mixtes je précise, pour aller dans les chambres, annonce un professeur.
Tout le monde se bouscule pour trouver son ami avant qu'un autre ne le trouve avant lui par crainte de se retrouver avec une personne qu'il ne connaît pas. Les clans de filles de nombre impair se mettent à paniquer. Bill et Matt n'ont pas de soucis comme ceux-là. Ils iront à deux. On leur donne le numéro de leur chambre et on leur indique l'étage: chambre 69 à l'étage 4. Bill sourit d'un air coquin en voyant le numéro de chambre. Matt et son immaturité se posent pas mal de questions inquiétantes mais ne soulèvent rien. Les deux garçons grimpe jusqu'à leur étage et trouve la chambre. Ils entrent et referment la porte derrière eux.
La chambre était composée de deux petits lits séparés par une table de chevet disposée entre les deux, d'un petit bureau et d'une salle de douche. Bill jette son sac dans un coin et prend rapidement ses aises en s'allongeant sur un des lits en dessous de la fenêtre.
- Moi, j'vais prendre une douche... déclare Matt.
Il entre dans la salle de douche et s'énerve sur la poignée.
- Fait chier y'a pas de verrou! S'écrit-il. Bon, t'entres pas hein...
- Non, non, dit Bill avec un sourire vicieux.
Matt referme la porte. Moins d'une minute plus tard Bill entend l'eau couler dans les canalisations résonantes. Sans bruit, il se lève et pousse la porte de la salle de bain. Il y jette un coup d'½il dans l'entrebâillement et, voyant que Matt ne pouvait le voir sous le rideau, il entre complètement à pas feutrés. Il se dirige vers le lavabo et se rince la figure à l'eau.
- BILL!
La tête de Matt dépassait du rideau, les cheveux mouillés retombant devant ses yeux.
- Quoi? Répond Bill le regard fixé sur le miroir, souriant pour lui-même.
- J'aime pas ce sourire, avoue Matt, tu veux pas t'en aller? Tu me déranges là!
- Ha? Mais c'est bon, y'a un rideau.
- Un rideau c'est un peu maigre comme défense...
- Quoi?! Tu insinues là-dedans que je pourrais éventuellement retirer le rideau? Demande-t-il sans perdre son sourire pervers.
Il fait un pas vers la douche, Matt ramène le rideau sur lui et s'adosse au mur. Bill avance, le sourire toujours vivant.
- S'il te plaît arrête ça! Crie Matt.
- Pourquoi?
Il est maintenant devant lui, sous l'eau, seul le rideau empêche leur corps de se toucher. Bill caresse le visage du blond, qui ferme les yeux. L'androgyne est mouillé, les perles d'eau dévalent la pente de son visage, son maquillage s'étale. Ses cheveux lisses ondulent. Il empoigne les cheveux dorés du blond et l'embrasse fougueusement. Matt croule sous le plaisir des effleurements des doigts de Bill sur son torse. Il glisse et se rattrape au rideau, qui casse. Il se retrouve assit, le rideau voile ses parties intimes. L'androgyne s'accroupit sur son bassin, continuant son langoureux baiser sous l'eau chaude. Matt s'empresse de lui enlever son t-shirt. Il enfonce des ongles dans son dos, le griffe. Les mains de Bill descendent. Il quitte la bouche du blond, lèche son nez et remonte vers son front, puis revient au nez qu'il mordille. Matt pince les hanches de l'androgyne, qui lui descend encore un peu plus ses mains. Le blond se baisse et lèche la poitrine de Bill et remonte dans son cou. Bill gémit et descend encore ses mains qu'il faufile dans le rideau. Matt les lui retire et lui fait lever les bras. Bill se redresse à genou et s'appuie au mur, au dessus de Matt qui lui mort les abdominaux. Il se stoppe soudain, en proie aux violents frissons causés à cause de l'eau devenue froide. Bill se retire de la douche sans rien rire. Matt se relève et agrippe sa serviette qu'il noue rapidement autour de sa taille. Bill s'en va et s'allonge sur son lit. Le blond enfile rapidement un boxer propre et le rejoint dans la chambre. Il y trouve son ami tout rouge, tout essoufflé, encore sous l'effet du plaisir.
- Encore... gémit Bill.
Matt se positionne à califourchon sur Bill, s'abaisse et capture sa bouche, tout en griffant ses flancs. L'androgyne frissonne et passe ses bras autour du cou du blond. Quand celui-ci libère ses lèvres, il le force à s'allonger sur lui, caressant sa nuque et respirant ses cheveux.
- Putain d'eau froide... murmure Matt, la tête enfouit dans les cheveux noirs.
- Hum, soupire Bill en mordant le cou du blond.
Matt glisse sur le côté. Bill tourne la tête et le regarde profondément... et amoureusement. Le blond dépose un bref bisou sur ses lèvres et s'amuse avec son doigt dans le nombril de son ami. Ils s'endorment ainsi, les jambes et les bras croisés, les visages enlacés, les mains empoignées et les esprits ailleurs.
Le lendemain, Matt se réveille le premier, sans pour le moins ouvrir les yeux. Il cherche Bill à tâtons et le trouve à quelques centimètres de lui, le dos tourné. Il se presse contre son corps chaud dans la chaleur de la couette et respire son odeur dans son cou. Il niche sa tête dans ses longs cheveux doux et dépose sa main sur ses hanches. Aussitôt Bill se retourne, ils ouvrent tous deux les yeux. L'un se noie dans le lagon et l'autre dans le chocolat. Le blond sourie, l'androgyne baise son front et caresse ses cheveux. Soudain on tape à la porte.
- On se réveille il est l'heure ! Crie un professeur chargé du réveille.
- Oui ! Répondent en même temps les deux garçons pour lui confirmer qu'ils ne dorment plus.
Bill quitte en premier la chaleur du lit, s'étire en frissonnant dans la lumière froide du matin et enfile ses vêtements. Matt est un peu plus long à décoller du nid. Bill s'en va dans la salle de bain faire une toilette de chat. Quand il sort, seule la tête blonde de Matt dépassait encore de la couette. Bill se jette sur lui en souriant :
- Tu vas te lever oui ?!
- Hum nan... j'suis bien là... grogne le blond.
- Fégnasse va !
Il retire la couette qu'il pose en boule au bout du lit et s'assoit dessus. Matt se recroqueville comme un f½tus en rouspettant :
- Bill euh t'es chiant rend-moi la couette !
- Vien la chercher plutôt !
Bill rit, mais ne voit pas arriver le Matt qui lui saute dessus comme un fauve affamé. Bill bascule en arrière mais reste sur le lit grâce à Matt dans le rôle de contrepoids assit sur ses cuisses.
- Maintenant, tu me rends la couette !
- Ben, tu es sur moi, et je suis sur la couette. Donc si tu t'enlèves pas, tu risques pas de l'avoir ta couette !
- D'accord ! dit Matt avec un sourire vicieux sur les lèvres.
Matt commence à s'écarter.
- Attend ! S'écrit Bill.
Mais trop tard, Matt se pousse, Bill tombe à la renverse sur la nuque, les quatre fers en l'air. Matt, du haut du lit, écarte les jambes de son ami et dit avec un sourire victorieux :
- Je l'ai eut !!!
Mais Bill resserre les jambes et Matt se retrouve prit en sandwich.
- Et moi, je t'ai eut toi ! Dit Bill en volant le sourire de son ami.
Bien décider à appliquer la loi de l'emmerdement maximum, il agite les jambes de gauche à droite, la tête de Matt toujours fermement serrée entre les cuisses. Le blond se retrouve ballotté dans tout les sens, ce qui fait bien rire l'androgyne.
- Arr... rrête... ççç... ça ! Parvient à lancer Matt.
Bill s'arrête, non pas parce que Matt l'a demander mais bien évidemment parce qu'il attrape des crampe, et libère la tête de son ami complètement sonné.
- T'es con, dit Matt en se rallongeant, j'ai mal à la tête maintenant.
- Ho, mille excuses... se moque Bill.
Matt met son bras devant les yeux.
- T'es fais pas un peu trop là ? Soupire Bill.
- Hum...
Bill se relève.
- Jamais tu t'habilles des fois ?!
- Habille-moi, toi.
- Hé je suis pas ta mère non plus !
- J'ai plus de mère.
Cette phrase frappa le c½ur de Bill comme un coup de marteau. Il vient s'asseoir à côté de Matt et lui prend la main qui n'est pas dans sa figure.
- Excuse-moi, je ne savais pas...
- C'est rien, tu n'y peux pas grand-chose...
Matt s'agrippe à Bill, et pleure. Ce dernier le redresse et le serre contre lui, compatissant. Il verse aussi quelques larmes, non pas pour Matt, mais pour lui. Il y a une semaine, c'était la dernière fois qu'il se réveillait en la compagnie de son frère.

# Posté le samedi 31 mars 2007 04:26

Modifié le samedi 26 janvier 2008 06:57

Le Troisième Sexe

Le Troisième Sexe
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Chapitre 6:
La machine à rattraper le temps n'existe pas, c'est bien connu. C'est certainement pour ça qu'on court toujours après les heures perdues. S'il on pouvait, mainte fois on serait retourner en arrière, pour faire quelque chose que l'on a oublier. Pour dire quelque chose que l'on a omit. Pour revoir quelqu'un que l'on a perdu. Malheureusement, les aiguilles tournent et le temps suit son fil, comme un funambule qui ne se soucie de rien sinon d'arriver au bout. Qu'importe pour lui de faire faner, de faire pourrire, de faire oublier et de tout condamner dans le passé. Il s'en fou. S'en fou des peines et des chagrins, des rires et des joies. Il enferme tout dans une boîte et il ne nous reste plus que nos pensées pour se remémorer. Le temps est sans pitié ni compassion.
Bill et Matt, s'ils le pouvaient, auraient pris goût à revenir dans le passé. Chacun ayant perdu une partie essentielle de leur esprit, il auraient bien passé cette porte. Cette porte qui ramène au moment choisi, voulu. Cette porte qui retransmet ce qu'il s'est déjà déroulé une fois, et une seule. Cette porte qui donne une unique chance de pouvoir changer l'avenir en retravaillant le passé. Mais à quoi bon y songer? ça n'existe pas.
Matt s'éloigne de l'étreinte de Bill. Il va s'habiller dans la salle de bain, là où il avait laissé ses vêtements la veille. Un silence beigne la chambre. Au moment où il ressort, on toc une seconde fois à la porte.
- Rendez-vous dans le hall au plus vite! Crie une voix dans le couloir.
Les deux garçons remballent leurs affaires et sortent. Ils descendent les quatre étages et se retrouvent dans le hall en compagnie déjà d'une dizaine d'élèves. Les professeurs sont tous là et attendent montres en main. Le blond reste près de Bill, comme si un lien l'empêchait de s'en éloigner. Aucun ne parle. Aucun n'ose. De toutes façons, aucun de sait quoi dire. L'aveu de Matt a pétrifié la parole dans les murs de la chambre.
Un quart d'heure plus tard, le petit groupe s'en va quitter l'hôtel et se dirige vers l'emblème de Paris: la tour Eiffel. Arrivés au pied de la géante de fer, tous lèvent le nez au ciel.
- C'est... commence Bill.
- Grand, oui, termine Matt, on continue ?
D'un commun accord, les deux garçons se remettent à grimper les marches. Avec de petites pauses tous les deux étages environ, ils arrivent enfin sur la plus haute parcelle. Le vent glacial leur gèle les os. Le visage de Bill se dissimule sous ses mèches de cheveux énervées face au souffle froid des hauteurs. Il tente vainement de les mettre derrière ses oreilles, mais elles reviennent toujours quelques secondes plus tard lui chatouiller le nez et lui barrer la vue. Quant au blond, les mains en proie au claquement strident des claques de vent, il sort de son sac des gants en cuirs déchirés, et rouges, avec des boutons sur les côtés, rouges aussi. Un bouton manque à l'appel.
- Flashs tes gans, dit Bill en voyant Matt les enfiler.
- J'avais que ça sous la main hier matin en partant, explique-t-il.
- Ils sont dans un sal état... remarque Bill en train de se battre avec ses cheveux.
- Ils ont pas mal vécut... répond Matt en glissant ses doigts dans le cuir.
Une fois ses gans enfilés, le blond vient se blottir contre l'androgyne.
- J'ai froid, dit Matt en frissonnant et en enfouissant sa tête dans le col de son manteau.
- Vien là... chuchote Bill en l'adossant contre la rambarde.
Il l'embrasse passionnément, prenant ses mains et les serrant contre sa poitrine à l'intérieur de son manteau. Les cheveux noirs se mêlent aux cheveux blonds, et plus personne ne voit rien, simplement les yeux de l'autre.
- Ça va mieux maintenant ? demande Bill en s'éloignant du visages de son ami.
- Presque...
Matt entour la taille de Bill dans son manteau et ramène son corps frêle contre le sien. Il lèche les lèvres de l'androgyne puis dévie les barrières, et recommence un baiser langoureux. Et comme deux étoiles, ils brillaient à deux. Ils restaient unit sans pourtant trop y croire. Il n'y avait rien d'anormal, juste tout de nouveau.
- Là, c'est parfait, chuchote Matt dans un murmure emporté par le vent.
Des pas résonnent dans la cage d'escalier, et bientôt, une dizaine de garçons les rejoignent sur le sommet.
- Tien, les deux pédales... jette l'un en ricanant bêtement.
Bill se retourne et lui jette un regard méprisant et noir. Matt, comme à son n'habitude, n'y prête pas attention. Il balance sa tête en arrière et laisse ses joues se faire fouetter par le vent tout en fermant les yeux.
- Hé, vous étiez à deux dans la chambre... vient chuchoter ce même garçon à l'oreille de Bill dos à Matt, vous avez pas dû dormir beaucoup... ça a dû être chaud ! Tu l'as enculé ?
Comme le ferait une fille, la main de Bill claque le visage du nuisant. Celui-ci se recule et éclate de rire.
- Ha la pédale m'a giflé ! Ha ha !
D'autres rires se mêlent au sien. Bill rougit de colère et lui en remet une. Mais cette fois-ci, l'autre riposte en le frappant dans le ventre. Matt revient sur terre et intervient avant que le garçon nuisant mette Bill à terre sous les éclats de rires des autres qui l'encourageaient.
- Vien on redescend, lui dit le blond.
Et tous les deux quittent le palier balayé par le vent et les rires. Bill, rouge de honte et de colère et plié en deux à cause de la douleur, pète un câble deux étages en dessous.
- Putain mais qu'est ce que je fais ?! S'écrit-il.
- Quoi qu'est ce que tu fais ? Tu t'es défendu mais il était plus fort que toi, c'est tout. Faut que t'oublies ça ! N'y pense plus, le consol Matt.
- J'parlais pas de ça, dit sèchement Bill.
- ... De quoi alors ?! Se demande Matt.
- De ce que je fou avec toi.
Matt le regarde dans les yeux et ne dit rien face à ce questionnement. Seul son regard interroge l'androgyne qui ne daigne pas expliquer sa déclaration.
- Je... tu... tu ne m'aimes pas, c'est ça ?! S'écrit le blond qui commence aussi à s'énerver.
- Non... enfin si... mais je sais pas en fait ! s'exclame Bill dans tout ses états.
- Tu m'as utilisé, hein ?! Hurle Matt en menaçant Bill du regard.
- Quoi ?! Alors là... commence Bill.
- Alors là rien du tout ! Le coupe Matt, t'étais dans une mauvaise passe et t'as pris le premier con venu ! Avoue ! Avoue que tu ne m'aimes pas ! Avoue que je ne suis que passager ! Que je ne suis qu'un divertissement gratuit !
- Calme-toi bordel ! J'ai jamais dis ça ! Arrête de t'embarquer dans ton délire, Ok ?
- T'es qu'un menteur, tu me dégoûtes...
Bill, totalement hors de lui, attrape le manteau du blond et le plaque violement sur la rambarde, le tenant fermement et lui dit entre quatre yeux :
- Je n'ai pas dis ça et je ne le penses pas... seulement, comprend-moi : je ne suis toujours sorti qu'avec des filles, et là je me retrouve avec toi, un mec aux dernières nouvelles !
- Oui, mais... tente de protester Matt.
- Mais rien ! Tu veux que je t'explique la chose ? Je vais t'expliquer la chose...
Bill retrouve un air calme, voir triste. Il lâche Matt et s'éloigne de lui. Il lui tourne le dos, déglutit, et avoue :
- J'ai perdu mon jumeau, Tom. Ça fera une semaine tout à l'heure à cinq heures que c'est arrivé. J'étais dans ma chambre avec mon ami Georg, en train de jouer à un jeu vidéo, quand j'ai entendu un cri de douleur déchirant. Je me suis précipité vers là où le cri venait, dans l'entrée. La porte était ouverte et faisait des courants d'air, toutes les portes de la maison claquaient. Et là, à terre, il y avait mon frère, un couteau planté dans les côtes, les tâches de sang sur son t-shirt trahissaient le nombre de fois la lame l'avait transpercé. Sur lui se tenait un homme, un jeune, il m'a semblé. Je me suis précipité vers mon frère, déjà je pleurais. Mais l'assassin s'est relevé et m'a menacé. Et soudain, alors qu'il s'apprêtait à me faire subir le même sort que Tom, je ne sais pas ce qu'il s'est passé, il a prit ma main, y a déposé le couteau puis il a murmuré « désolé », avant de s'enfuir en courant.
Bill avale sa salive, laissant libre court aux larmes qui humidifient ses joues, puis continu, la voix pris par des sanglots :
- Et je suis resté là ... pendant plusieurs secondes, sans rien faire, le souffle coupé, ne réalisant pas. Puis... j'ai été frappé par la respiration sifflante de Tom en train d'agoniser sous mes yeux. Il ne bougeait plus, ses mains étaient sur son t-shirt, crispé sur le tissu... et je l'entendais essayer de parler sans y arriver. Alors... je me suis rapproché... Du sang s'échappait de ses lèvres. Il a ouvert les yeux et un léger sourire s'est dessiné sur ses lèvres gonflées. Mais il n'arrivait pas à parler... Son corps était brisé... Et son âme s'en allait. Georg est arrivé et a hurlé en me voyant avec le couteau ensanglanté. Mais je n'y ai pas prêté attention. Il a allumé son portable et je crois qu'il a appelé la police... mais je n'en avais rien à faire. Alors j'ai couru dans le salon pour prendre le téléphone et appeler les secours. Ils ont cru à une blague de ma part... Mais au bout du troisième appel ils se sont décidés à venir... Mais c'était trop tard, on avait tous perdu un quart d'heure... Je suis revenu vers Tom et je l'ai enroulé dans une couverture et je l'ai pris sur mes genoux... mais c'était trop tard... il est mort dans la soirée à l'hôpital...
Bill pleure à chaudes larmes. Matt a les yeux qui brillent. Le discours de Bill l'a définitivement calmé et a imprimé sa tristesse sur son visage. L'androgyne se retourne, et, après avoir déglutit encore une fois et essuyé ses larmes, il continu :
- J'avais attendu, devant la salle où il était soigné. J'ai attendu toute la soirée. J'ai prié les Dieux pour qu'ils ne me l'enlèvent pas... Je les ai supplié de lui laisser la vie... Mais ils ne m'ont pas écouté. J'ai attendu en vain, sans perdre espoir. Puis j'ai été embraqué au commissariat car on m'a cru d'abord coupable. Et, en un instant, en une fraction de seconde, à cause d'une lame, d'un fou et d'une phrase véridique, j'ai vu mon monde s'effondrer... Quand on m'a annoncé la mort de Tom, j'ai cru que jamais j'allais y survivre... C'était... je n'avais jamais imaginé une vie sans lui, une vie sans Tom. Il était plus brillant que la lumière à mes yeux et plus important que ma propre vie. Je n'en ai pas dormis de la nuit.
Les larmes dévalent les joues des deux garçons. Matt n'ose rien dire, il n'ose pas bouger. Bill n'en peu plus, il enfouit son visage dans ces mains, mais se ressaisit rapidement. Puis enfin, il arrive à sa conclusion :
- Et le lendemain... je t'ai vu pour la première fois. Et dans ton regard, j'y ai retrouvé l'innocence et la tendresse de Tom... tu me rappelles tant mon frère, tu lui ressembles tellement. C'est lui que je vois en toi.
Bill se jette sur Matt et le serre contre lui, comme s'il avait peur de le perdre lui aussi.
- Seulement, je ne sais pas ce qui m'arrive... Le sentiment que j'ai pour toi est différent... c'est la première fois que je ressens ça. Ho excuse-moi pour tout à l'heure... mais je ne sais plus vraiment où j'en suis...
- Mais c'est rien... c'est rien... murmure Matt en caressant les cheveux de son ami.
- Peut-être que ça va te paraître drôle, continue Bill entre deux sanglots, mais je...
- Moi aussi, je crois que je t'aime, termine le blond.
Il s'écarte légèrement de l'androgyne et essuie ses chaudes larmes de ses doigts. Puis il lui caresse les lèvres gentiment. Avec un petit sourire innocent, il approche sa bouche et lèche les lèvres de Bill. Ce dernier l'ouvre et laisse libre voie à la langue de Matt. S'en suit une longue et chaude danse, endiablée par les caresses dans la nuque ou le bas du dos. Seul le vent siffle entre les poutres. S'ajoutent également les respirations bruyantes des deux garçons. Au loin, si on tend l'oreille, on peut percevoir les klaxons et le ronronnement des moteurs qui accélèrent. Mais ils ne les entendent pas, ils n'entendent d'ailleurs plus rien. Seul le soucis du plaisir de l'autre les percute, et encore... tous deux sur leur nuage, c'est à peine s'ils ont encore les pieds sur terre. Ce qui n'est pas le cas au presque sommet de la haute d'Eiffel. En apesanteur, le temps n'est plus. Oui, c'est peut-être le seul moyen d'oublier les secondes qui coulent et qui coulent. Ce flot continue, les hauteurs le bannissent. Mais l'Amour l'ignore complètement son existence, et c'est son principal prédateur.
Mais le temps joue toujours de vilains tours aux moments où l'on s'y attend le moins. Car, s'il s'était arrêté, les moqueurs ne seraient pas redescendus et ils n'auraient pas surpris ni vu.
- Ho mais c'est que c'est adorable deux tarlouzes qui se nettoient mutuellement la bouche des restes du petit déjeuner ! s'écrie celui qui avait poussé Bill en riant à pleins poumons.
Bill s'arrache brusquement du contact chaud qu'offrait le visage de Matt et lance un regard venimeux à celui qui vient de parler. Faute grave, car si l'auteur de l'insulte trouve réactions chez celui à qui il s'est adressé, il gagne et rejoue.
- Mais c'est vrai qu'entre mecs on peut se permettre d'être dégueulasse... déclare-t-il.
A ces mots, il joint un énorme et répugnant rot. Les autres rient comme jamais en l'imitant. D'un accord commun, les deux garçons dévalent les étages aussi vite que leurs jambes leur permettent. Retourné sur le sol, loin des grossièretés des étroits d'esprit, Bill dit simplement, au lieu de s'énerver violemment :
- 'Sont chiants à la fin.
- Hum, acquiesce Matt.
Un professeur leur fait signe de le rejoindre. Ils vont donc à sa rencontre et attendent les autres pour le départ vers la butte Montmartre. Georg et Gustav sont également là. Bill est complètement gêné, encore plus quand Matt se blottie contre lui et passe ses mains gantées dans son manteau. Les deux anciens amis les regardent, les yeux exorbités et surtout de travers. Bill, homosexuel ?! Nan !... Georg ne tient plus, il s'approche et s'exclame :
- Bill t'aurais pu nous tenir au courant que tu avais une nouvelle copine !
Les yeux de Bill lui lancent des épées, mais avant qu'il ne réponde, Matt s'exprime :
- De un, j'suis un mec, dit-il en se décollant de Bill pour faire face à Georg, et de deux, si t'es pas au courant c'est que t'as pas forcément besoin de l'être.
- Bon la pédale fais pas chier c'est à Bill que je m'adresse, aboie Georg.
Bill écarte Matt du champ électrique. Il prend Georg à part, hors des oreilles vicieuses des professeurs.
- Ho tu lui parles pas comme ça et tu t'excuses ! Hurle-t-il.
- J'ai pas à m'excuser face à ce PD. D'ailleurs, toi aussi t'es victime de la PD attitude ?
- PD attitude ? Invention de Georg je suppose ?
- Non, non, bien sûr que non... Mais c'est nouveau chez toi ça apparemment. T'aimes le faire avec un mec ?
Matt s'interpose entre les deux piliers :
- Hé toi la ferme ! Bill fait ce qu'il veut et moi aussi, ok ? C'est pas toi qui dois nous dire s'qu'on a de mieux à faire, hein ? Contente-toi de 'le faire' avec ta copine et fou-nous la paix !
- Si tu me parles encore sur ce ton, ça va mal aller pour tes couilles, rugit Georg.
- C'est quoi ton problème ? Qu'est ce qui te dérange ? C'est le fait qu'on soit du même sexe ? Ou alors... t'es jaloux ?
- Jaloux ?! Répète Georg en pouffant de rire, crois-moi, y'a pas de quoi être jaloux, rien qu'à voir ta sale gueule de petit rat mal léché... Et la face de fille de Bill.
Bill n'apprécie pas ces dernières paroles. La centrale électrique explose :
- Tu sais c'qu'elle te dit la face de fille ? Elle en a rien à foutre de ce que tu peux bien penser d'elle et de ce qu'elle fait ! Elle en a rien à foutre de TA face de raté et...
- Face de raté ?! Répète Georg, un sourire malicieux sur les lèvre, c'est pas moi le raté qui ai assassiné mon frère !
Le sujet douloureux envahit Bill d'une profonde et indéniable colère. Son poing termine dans la tempe droite de Georg qui, sonné, est contraint de s'assoire à terre pour retrouver son équilibre. Gustav n'a pas bronché, il s'est contenté de regarder la scène de loin, bien placé entre les acteurs et les professeurs. Matt s'est approché de Bill, pour le soutenir, car Georg est déjà en train de se relever, le visage rouge de rage. Mais aucun des deux n'a vu venir l'offensive rusée de l'agresseur. Il s'est relevé péniblement, faisant croire qu'il n'était pas en état de porter le moindre coup et... sur ses deux pieds, il a envoyé un puissant coup de pied, façon karaté, dans la figure de Bill qui est tombé à terre sans demander son reste. Quant à Matt, il subie un peu de casse au service trois pièces.
Les professeurs, trop loin, n'ont rien vu de cela. Georg s'éloigne en crachant un : « Je ne supporte pas les PD ». Matt se relève tant bien que mal et constate que Bill est toujours étendu à terre, sur le dos, les mains plaquées sur le visage et les doigts ensanglantés. Il s'agenouille à ses côtés et retire ses mains : du sang coule abondamment du nez de son ami et une grosse balafre lui paralyse toute la joue gauche. Le blond fouille dans sa poche, en sort des mouchoirs qu'il applique sous les narines de Bill qui gémit de douleur.
- J'dois avoir le nez cassé... pleurniche-t-il.
- Mais non, ça va aller... regarde.
Il appuie son index sur le bout du nez de Bill.
- AÏE ! Mais t'es fou ? Hurle-t-il.
- Excuse-moi... relève-toi quand même, tu vas pas rester allongé là, tout le monde nous regarde.
Il l'aide à se relever et lui donne d'autres mouchoirs qu'il tamponne sous son nez. Bill passe sa main sur sa joue et constate qu'elle est toute boursouflée. Affolé, il demande :
- Mais j'ai quoi sur la joue ?!!
- Y'a un champignon qui pousse...
- Quoi ?!
Matt se met à rire.
- Rien c'est juste un coup et c'est légèrement gonflé... et violet constate Matt, visiblement dégoûté par l'horrible plaie.
- Tu ne me rassures pas tant que ça... soupire Bill, j'suis moche, c'est ça ?
Matt enlace Bill et soupire :
- Non, t'es toujours Bill. Et tant que tu le resteras, tu seras toujours beau à mes yeux.
Il l'embrasse amoureusement, puis, main dans la main, sourds aux insultes et aux ricanement des autres élèves, ils rejoignent la petit troupe qui est maintenant au complet.

# Posté le samedi 31 mars 2007 04:33

Modifié le samedi 26 janvier 2008 06:58

Le Troisième Sexe

Le Troisième Sexe
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Chapitre 7 :
Le groupe marche en direction de Montmartre. Bill trifouille son mouchoir dans ses narines. Rien à faire, le sang coule toujours, même si le débit a quelque peu régressé.
- T'as pas un autre mouchoir ? demande-t-il à Matt.
- Non tu viens de vider mes deux paquets... répond celui-ci.
Bill soupire. Le liquide rouge n'est plus retenu par le papier et coule sur ses lèvres. Il l'essuie avec ses doigts mais rien n'y fait. Il est rapidement taché de partout, comme un gamin qui vient de terminer son premier chef d'½uvre à la peinture à l'eau.
- Matt... soupire-t-il.
- Quoi ? dit-il en se tournant vers lui, ho... je vois.
Constatant l'ampleur des dégâts, il tapote l'épaule d'une élève marchant devant eux. Elle se retourne, sourie niaisement en voyant à qui il a à faire et demande d'une voix moqueuse:
- Qu'est ce que tu veux bibiche ?
- T'as pas un mouchoir s'il te plaît ?
L'élève fouille dans sa poche et au grand émerveillement de Matt, il en sort un paquet de mouchoir et lui en tend un.
- Merci, dit Matt en souriant à pleines dents, sans prêter attention aux autres qui se foutent de lui.
Il tend le mouchoir au pauvre Bill dont les mains sont si rouges qu'on dirait qu'il a revêtu les affreux gants de Matt. Il le remercie mais, évidemment, en moins d'une minute, le mouchoir est déjà saturé de sang. Alors Matt en redemande un à la même élève. Elle refouille dans sa poche et tend son poing fermé au blond, qui lui tend sa paume de main. L'élève lâche le contenu de son poing et c'est ainsi que Matt se retrouve avec un tampon dans la main, au grand bonheur de tous ceux qui l'encerclent et qui pouffent de rire. Le blond, furieux, lui renvoie le tampon à la figure. Malheureusement, il l'atteint dans l'½il. L'élève hurle de douleur. Forcément, les professeurs l'ont entendu et se presse d'accourir sur les lieus. Mais ce n'est pas la fille avec la main plaquée sur l'½il qui attire leur attention, mais plutôt Bill tout tâché de sang.
- Ho mon pauvre garçon qu'est ce qui t'es arrivé ?! S'exclame le professeur d'arts en commençant à chercher des mouchoirs dans ses poches, on t'a frappé ?!
- Ben en fait, heu... c'est que... et bien... bafouille Bill, non c'est le froid.
L'élève ayant reçut le tampon dans l'½il s'interpose et hurle :
- M'dame ! Il m'a lancé des trucs à la tronche le blond là !
- Oui, bon euh, plus tard Mlle Gaufreau. Vous ne voyez pas que je suis occupé ?
- Mais m'dame... !
- Taisez-vous et avancez avec les autres ! Crie-t-elle.
L'élève s'éloigne donc, déçut de ne pas avoir réussit à donner une heure ou deux de colle à Matt. Le professeur reporte son attention sur Bill. Elle trouve enfin des mouchoirs et les lui plaque à la figure. L'androgyne suffoque tellement le papier l'empêche de respirer. Le professeur le lui appuie sur le nez comme une hystérique.
- Laissez, c'est bon... je vais... me débrouiller tout seul... merci... parvient à dire Bill en mangeant à moitié le mouchoir.
Heureusement pour lui, le professeur recule et lui donne le paquet.
- Si t'as un problème, n'hésite pas revenir me voir, dit-elle.
Bill acquiesce d'un signe de tête et le professeur s'éloigne. Matt ne parvient plus à contenir ces rires. Bill lui lance un regard noir et il s'arrête rapidement. Puis ils reprennent le cour de l'excursion. Le stupide professeur n'a même pas vu la plaie sur la joue de Bill et a parfaitement cru à son mensonge.
C'est tout soufflant qu'ils arrivent au sommet de la butte. Le nez de Bill s'est arrêté de saigner. A peine débouchent-ils sur la place Montmartre que les artistes les assaillissent de demandes de portrait. N'ayant pas un sou en poche, les deux garçons sont contraints de refuser. Ils décident, avant d'aller visiter le Sacré C½ur, d'aller boire un coup dans un des petits pubs qui bordent les rues étroites et pavées. Ils se mettent à en chercher un pas trop chère. Bill est envoûté par la beauté des lieus. Ses yeux bougent sans cesse, ne voulant pas perdre une miette de ce fabuleux décor. Matt, comme d'habitude, rêvasse en sifflotant. Ils arrivent au bout d'une impasse, au fond de laquelle un petit balcon donne vue sur presque tout Paris. L'émerveillement des deux garçons est à son comble. Bill, romantique à souhait lorsqu'il s'y met, ne peu plus s'empêcher d'embrasser Matt. Il adosse doucement le blond sur la rambarde, caresse sa nuque d'une main et passe son autre main dans la mèche dorée qui voile tout un côté du visage de Matt. Ce dernier caresse le bas du dos de l'androgyne, sous son manteau. Malgré les basses températures, leurs corps s'échauffent rapidement. Bill capture les lèvres de Matt et leurs langues valsent ensemble. Tous deux oublient tous leurs soucient, ils oublient même dans quel endroit charismatique ils sont. Une fois de plus le temps s'est arrêté et c'est comme si seuls eux existaient, dans un néant noir maculé d'étoiles scintillantes. Aucun d'eux ne sait combien de temps le baiser à duré, mais, en rouvrant les yeux, ils s'aperçurent que quelques personnes les regardaient... attendrissement.
Pour une fois qu'on ne se moquait pas de leur acte, ils étaient limite reconnaissants. Matt s'est retourné, Bill s'est pressé contre son dos, entourant la taille du blond de ces mains. L'androgyne, tout en donnant de petits coups de dents dans la nuque de son ami, contemple la capitale de l'Amour. C'est cette ville qui les a réunit. Elle les a assemblé, comme on assemble un puzzle. Bill, en lui, pense que, s'il n'était jamais venu ici avec Matt, jamais ils n'en seraient arrivé tout deux là. Il ne regrette rien, tant pis pour sa popularité. Après tout... Matt est bien mieux. Et même si c'est différent, même s'il vogue vers l'inconnu les yeux fermés, même s'il touche à un sujet longtemps resté tabou et qui l'est d'ailleurs toujours un peu, il est heureux ainsi.
Mais Tom... Georg lui a rappelé Tom. Rien que le fait du nom qui résonne dans sa pensée, allant se cogner dans chaque recoin et y enfonçant ses pointes empoisonnées, meurtri Bill. Même s'il ne s'en rend pas compte, le poison l'abat un peu plus chaque jour. Mais qu'est ce que ce poison? La réponse, Bill ne veut pas l'entendre. Il est content avec. Plus il en a et mieux c'est. Une véritable drogue. Perverse. Vicieuse. Sans pitié. Invulnérable. Assassine.
Tom, il ne le verra jamais plus. C'est comme si Bill avait été coupé en deux. Le flux d'amour qu'il avait pour son frère découle de son corps et meurt emporté par le vent. Où est-ce le poison? Bill refuse d'y penser. Tom était celui qu'il n'a jamais le plus aimé. Toujours. Mais à jamais. Il doit l'oublier, s'y forcer. Tom n'est plus qu'un souvenir vague, très vague, flou dans l'écume, transparent comme une méduse. Mais un souvenir plus présent que la peur d'un requin. Seulement, il est rangé, au fin fond, en dessous des pensées, caché dans un tiroir à jamais verrouillé. La clef, perdue, doit rouiller en silence. Une longue plainte dans un océan sourd.
Mais tout de même, Tom occupe trop de place, son souvenir se bat dans le tiroir, mais il ne peut pas sortir. Il essaye, se fait mal, se torture, comme pour évoquer une prévention. Car Tom, de là haut, se doute et sait la suite. Il sait que ça va cogner, que ça va faire mal et que sa moitié brisée est en danger. Le poison le ronge, le grignote de l'intérieur, comme un puissant acide implacable brûlant tout sur son passage. Oui, l'essence va couler. Mais il ne le sait pas encore. Le brave Tom fait pourtant tout ce qu'il peut. Mais la seule chose capable de sauver son frère, il ne le peut pas. C'est revenir auprès de lui. C'est parlé dans ses oreilles. C'est le prévenir du danger. Et Tom force, il pousse l'esprit de Bill à l'écouter:
« Échappe-toi, là n'est pas ton destin, oublie tout ça. Enfuis-toi. Ta vie ne tient qu'à un fil, et il risque d'être coupé. Et tu t'en voudras toujours car tu ne l'auras pas vu. Ouvre tes yeux. Vois que tu n'es pas à ta place. Vois que tu es en danger. » Mais en vain. L'esprit de Bill est fermé et repousse toute pénétration d'âme. Sauf Matt.
Matt sait aussi que ça sera bientôt fini. Il voulait. Plus maintenant. Mais il doit. Elle, là-haut, l'y oblige. Et Elle est trop forte, Matt ne peut lui fermer son esprit. Pourtant, il force autant que Tom. Tom qu'il a trop bien connu. Tom qu'il... a aimé. Tom qu'il... a dû éliminer. A cause d'Elle et de son emprise. Elle resserre un peu plus ses liens épineux autour de son cerveau. Il ne l'a pas voulu. Jamais. Mais Elle l'a forcé. Elle l'a poussé à le faire. Et maintenant, elle lui demande de faire subir ce même sort à son frère. Qu'il aime plus qu'il n'a aimé Tom encore. Mais, Elle lui veut une mort plus lente, plus douloureuse, plus dévastatrice d'âme. Matt ne peut pas, ne peut plus. C'est trop dur. C'est trop affreux. Il veut hurler. Elle n'a pas le droit de lui dire qui aimer. A chaque fois, il aime une personne, et cette personne, il doit y renoncer... en la tuant.
Matt s'agite soudain. Il se retourne brusquement, repoussant violemment Bill de lui. L'androgyne constate qu'il pleure.
- Qu'est ce qui t'arrives? Demande-t-il.
- Rien, ne t'en préoccupe pas.
Bill revient vers lui pour l'enlacer, mais Matt le repousse une deuxième fois.
- Va t'en, dit-il.
- Quoi?! S'exclame Bill, surprit de cette réaction soudaine. Qu'est ce que t'as?
- Rien je te dis. Va t'en!
- Explique-toi merde!
- VA T'EN! Oublie-moi.
Bill fronce les sourcils. Mais il n'a pas le temps de répliquer. Matt le prend et le pousse en arrière. Il en vient à le claquer brutalement sur un mur poussiéreux. Il le baffe.
- Parce que t'es qu'une connerie, dit-il pour expliquer son geste.
Puis il l'embrasse plus passionnément et amoureusement qu'il n'a jamais embrassé. Il se retire.
- Et parce que je t'aime.
Il tourne les talons et, d'un pas précipité, il s'éloigne et disparaît dans la foule de la place Montmartre. Bill ne bouge pas, il ne respire à peine. Il ne comprend pas. Il ne réalise même pas. Pourquoi Matt a-t-il réagit soudainement de cette façon? C'est trop spontané.
Comme une violente claque, la réalité lui explose à la figure. Il glisse contre le mur, déchirant son manteau et son sac, et se retrouve assit par terre. Sa tristesse cascade de ses yeux, mouillant tout son visage. Il l'aime. Alors pourquoi? Pourquoi déjà? Pourquoi si vite? Pourquoi si mystérieusement? Il ramène ses genoux contre sa poitrine et enfouit sa tête entre les deux. Il voudrait hurler, comme pour signaler qu'il souffre. La première étape de la mise en garde de Tom vient de s'écouler. Il n'en reste plus que deux.
Dire qu'il pensait que ça allait durer. Il y croyait cette fois. Ça ne ressemblait pas à toutes ces relations passagères qui n'ont servis qu'à assouvir certaines envies. Ça n'était pas qu'une histoire de sexe. Il y croyait si fort, il y était si attaché, que perdre Matt, c'est aussi meurtrier qu'avoir perdu Tom, il y a exactement une semaine de cela, à quelques heures près.
Et trop, c'est trop. Ça déborde, ça jaillit même. Bill se relève, droit comme un piquet et se dirige vers le balcon où il se tenait avec Matt il y a encore quelques minutes. Il s'y penche et fixe avec avidité le vide. Longtemps il reste ainsi, comme s'il allait vomir sa douleur. Puis il se redresse, pose son pied sur le premier barreau de la rambarde et s'y hisse. Puis il grimpe sur le second. Il s'appuie sur le mur pour se maintenir en équilibre. Il monte sur le troisième. Puis le dernier. Il s'apprête à lâcher. Mais non. Il ne faut pas sauter la seconde étape. Il redescend avec la ferme intention de trouver Matt et de lui demander en quatre yeux pourquoi il lui a fait ça.
Il scrute la foule. Mais n'y voit rien. Il n'a même pas la force de chercher convenablement. Sa tête bourdonne, c'est comme une gigantesque parade noire, bourrée de pensées sombres. Chaque pas sur le pavé est un coup de tambour, chaque pas dans une flaque est un coup de cymbale. Chaque parole est une plainte, chaque regard est rancunier. Il arrive devant le Sacré C½ur. Beaucoup de monde admire le bâtiment blanc comme une immense colombe. C'est impossible d'y repérer quelqu'un. Il grimpe les marches blanches comme du lait, salit par la crasse des chaussures. Il entre. Sa tête bascule en arrière, toute seule. On lui tire les cheveux.
- T'es pas avec ta salope?
Georg, naturellement. Il le lâche, Bill se retourne, mais Georg s'est volatilisé. Tant mieux. Bill ressort, il trouve l'intérieur moche. Du haut palier, il essaye, parmis toutes ses têtes, d'y retrouver son blond. Mais il ne voit rien, sauf un amas de cheveux de bonnets flous. Les larmes embuent sa vue. Il descend quelques marches et s'assoit sur l'une d'elle, désespéré. Tout a éclaté, tout est déchiré, tout est à plat, mort et doit être enterré. Il faut qu'il l'oublie, encore plus vite qu'il n'a oublié Tom.
Mais... il est seul à présent. Seul, en tête à tête avec lui-même. Matt l'aurait-il pris pour un objet divertissant? La question ravage les pensées du jeune homme. Tant pis, il faut retrouver la clef du tiroir. Il faut qu'il reprenne contact avec l'esprit de son frère. Il tente, alors, de rebrancher l'antenne... sans trouver la prise de branchement.
Soudain, une tête blonde. Pas la bonne. Gustav se poste devant Bill, qui ne le voit pas perdu dans ces larmes.
- Ça n'a pas l'air d'aller fort.
Bill sursaute et redresse la tête pour voir qui lui parle. Gustav s'assoie à côté de lui.
- T'es pas avec Matt?
Bill secoue la tête en signe de désapprobation. Il ne regarde même pas Gustav, qui comprend bien ce qui se passe.
- Et je sais pas pourquoi, en plus, sanglote Bill.
Ses pleures redoublent d'intensité. Sans même s'en rendre compte, il tombe dans les bras de Gustav, qui le serre amicalement contre lui. Bill pleure à chaudes larmes, il se vide totalement de son eau.
- Gustav, j'en ai mart... Tom n'est plus là... j'vous ai abandonné pour Matt, et Matt m'a laissé seul maintenant.
- Depuis hier, c'était le grand amour avec Matt... non?
- Si...
- Tu veux pas m'en parler?
- Si je comprenais, ça serait tellement plus simple...
Bien qu'un peu étonné en lui-même par l'acte de Gustav qui le console, ce n'est pas ça qui retient le garçon de tenir une explication. C'est plutôt l'incompréhension qui gouverne ses pensées. Tout les deux restent donc silencieux, chacun dans son mystère.
Le vent se lève, emportant les larmes de l'androgyne et voilant de nuages le soleil. Un traître réapparaît.
- Gustav ?!
Georg, les yeux exorbités, regarde Bill dans les bras de Gustav, et Gustav qui frotte le dos de Bill.
- C'est pas parce que toi t'as banni Bill de ta vie que moi je dois le faire. Il reste mon ami, lance Gustav sur la défensive.
- Fais gaffe, il remonte ses filets... tu vas finir comme Tom... et l'autre PD il est pas là ? Tu l'as butté, Bill ?
Bill ne répond pas et tourne la tête contre l'épaule de Gustav.
- Mauviette ! Il n'ose même pas avouer ! Il est où le corps ?
- Georg, la ferme, rugit Gustav.
- Nan, lâche ce meurtrier.
- Georg, il n'a jamais tué personne, merde à la fin ! Même les flics l'ont prouvés !
- Les flics sont des enculés, tout comme lui.
Soudainement, Bill, sans vraiment bouger, a flanqué un coup de pied dans les jambes de Georg, en restant assit. Pris sur le fait, Georg n'a rien anticipé et est tombé en arrière, dégringolant les marches sur le dos. Il a crié. Au terme de sa longue chute, il ne s'est pas relevé.
- Bill bordel !
Gustav jette presque Bill de lui. Le garçon aussi surprit que Georg, n'a rien vu venir. Le geste brusque de Gustav l'a projeté sur le côté et son crâne a claqué contre la roche. Mais un peu trop fort pour un simple crâne d'humain. La vision de Bill est passée au noir, avant que son esprit ne se mette à divaguer...

'« Bip-bip »
Ca brûle. Que fait-il là, lui ? Ses dreadlocks mouillées lui retombe sur le visage. Il sourie, il a l'air heureux.
« Bip-bip »
Ca pique. Presque, nu, le corps bronzé, sain, il gambade dans cette prairie dont l'herbe est aussi verte qu'un émeraude. De grandes ailes blanches le propulse haut, vers la cime des arbres multicolores, dont les fruits, mûrs comme il le faut, ont l'air juteux à souhait. Il tourbillonne dans le ciel, fait quelques cabrioles aériennes.
« Bip-bip »
J'ai mal. Après un dernier looping, il redescend sur l'herbe, projetant des brins à cause de la puissance de ses ailes. Il atterrit avec élégance, accroupie. Il se relève et s'avance vers moi, toujours le sourire aux lèvres. Mais plus il se rapproche, plus son sourire agonise. Il finit par mourir.
« Bip-bip »
On doit être en train de me planter un clou dans la tête. L'ange n'est plus qu'à quelques centimètres de moi, laissant passage à la petite brise entre nos corps.
« Bip-bip »
Aïe ! L'ange se colle à moi, m'enlace, me caresse, m'embrasse même. Je ne sens rien, sauf la douleur qui me ravage la tête. Il murmure : « Je t'ai prévenu. Tu as une dernière chance de te sauver. Ne le cherche pas. Et surtout, n'essaye jamais de me rejoindre. Jamais. ».
« Bip-bip »
HA !'


Bill se redresse d'un coup, raide comme un mort, en hurlant. Il est trempé de sueur, son lit n'est que piscine nauséabonde. Des infirmières accourent, prennent son pouls, lui font avaler des calmants en plus du sachet de morphine qui se vide petit à petit dans ses veines. Ce qui ne fait pas grand effet d'ailleurs... Elles le forcent à se rallonger avant de repartir sous les bruits du cardiogramme.
Heureusement la douleur est vite masquée. Bill veut se lever. Un bruit de drap l'arrête alors qu'il sortait des siens. Il tourne la tête vers le bruit... et voit Georg. Il n'est pas mort c'est déjà ça. Bill a presque eu peur sur le coup, en ne le voyant pas se relever. Il balance ses draps au bout du lit et... et se rend compte qu'il est aussi nu qu'un ver. Il se regarde et a l'impression qu'il est encore plus maigre qu'avant. Il devrait s'affoler quant à son poids, ça risque de devenir dangereux. Mais il y a d'autres préoccupations, en ce moment.
Il va dans la salle de bain, après avoir détaché l'aiguille de morphine de son bras et décollé les récepteurs de sa poitrine. Il attrape une serviette et se douche. Rapidement, le mal revient et l'assomme. Il se dépêche de se décrasser, s'essuie et revient sur son lit avec la serviette nouée sur les hanches. Il replante l'aiguille sans se soucier du mal et se couche. Il se rendort rapidement...

' « Bip-bip »
Je ne sens toujours pas tout ce que l'ange me fait. Il pourrait empoigner mon c½ur et l'arracher, fumant, de ma poitrine, je ne sentirais même pas.
« Bip-bip »
Il se remet à parler : « Si tu veux t'en sortir, fait ce que je t'ai dis. Ne le cherche pas, où qu'il soit. Je sais, c'est dur. Pour parler d'autre chose, tu me manques. C'est bien beau ici, mais j'y suis seul. Je m'ennuie. » Pourtant, son visage trahit ses pensées.
« Bip-bip »
Je lui dis : « Alors je vais te retrouver toi... »
Il élève le ton : « Non ! Jamais ! Tu m'entends ? Jamais ! Reste là où tu es, loin de lui. »
J'exige des explications : « Mais pourquoi loin de lui ? Je l'aime... »
L'ange : « Bill... je ne suis resté que dix-sept ans avec toi. Ça m'a largement suffit pour te connaître un maximum. Je t'aime et je ne veux pas qu'un type comme lui te détruise comme il... »
La voix de l'ange meurt dans la brise. Je veux connaître la suite : « Comme quoi ?! »
« Bip-bip »
L'ange soupire : « Rien, ne t'approche plus de lui, c'est tout. » Et il s'envole après une dernière caresse sur ma joue.'


Bang ! Des vibrations parcourent tout le crâne de Bill. L'aiguille de morphine, mal replantée, n'agit pas. Enervé, les nerfs à fleur de peau, Bill se met à gigoter dans tous les sens, frappant le matelas des poings et des pieds. Georg bouge à côté, Bill s'arrête, soufflant, souffrant. Il tourne la tête : il se réveille. Bill a peur de lui maintenant. C'est sa faute s'il est là. Il se cache sous ses draps. Trop tard Georg a ouvert les yeux et l'a vu.
- Te planque pas... dit-il d'une voix faible, de toutes façons, j'aurai ta peau.
- C'est bon, je m'excuse, dit Bill en ressortant de dessous le drap.
- Tes excuses minables ne vont pas changer la face du monde, PD.
Bill soupire. Il a peur de la suite. Il aurait presque voulu décéder après son claquement. Il aurait dû sauter de la rambarde... Là, il va déguster.
La nuit surgit, la gueule ouverte à pleines dents. La tête de Bill le fait souffrir atrocement. Encore une fois il remue comme un poisson échoué sur son lit.
- Bordel t'as finis ton cirque ? J'essaye de dormir, rugit Georg d'entre les ténèbres de la chambre.
Bill n'a pas envie de s'arrêter, ça fait presque du bien. Il roule dans ses draps, sautille et finit par tomber.
- Putain !!! Hurle Georg.
Bill entend qu'il se lève et marche vers lui. Il veut partir, mais il n'arrive pas à dégager sa jambe enroulée serrée dans le drap. Il est contraint de rester assit là, près à encaisser le moindre coup. Un coup de pied dans les reins le frappe d'abord puis il est projeté contre le sol. Il fait attention à ne pas y claquer une nouvelle fois sa tête. Georg se jette sur lui comme un lion. Bill est écrasé sous le poids de sa puissante musculature. A côté de Georg, Bill n'est qu'un clou. Il le rue de coups. Bill n'en peu plus, il ne peu ni se dégager ni se défendre. Il va le tuer sur place s'il continue ainsi. Il donne plusieurs coups de reins, mais Georg ne bronche pas et continu à le frapper. Bill, de ses petits bras, tente de braquer quelques coups, mais ça ne sert à rien. Alors il utilise une arme que très peu de garçons possèdent : sa voix aiguë. Il hurle le plus fort qu'il peu. C'est pire qu'une fille, Georg est contraint de se boucher les oreilles car ses tympans lui font mal. Alors Bill se redresse et repousse Georg, il saute sur son lit avant que n'arrivent les infirmières.
Il fait semblant de s'être réveillé en sursaut, comme la dernière fois. Georg, quant à lui, personne ne sait ce qu'il fou au milieu de la chambre. Les infirmières rebranchent Bill et Georg, puis partent, sans se soucier de rien.
- Je te jure que, quand on sortira d'ici, tu vas pas sentir longtemps l'air de dehors... dit Georg, menaçant.

Les deux garçons sont transférés à l'hôpital de Leipzig. La famille de Georg et la tante de Bill viennent les voir. La veille de leur sortie d'hôpital, Bill angoisse un maximum. Il se tient à carreau depuis que Georg lui a dit ça.
Le jour j, a peine est-il rhabillé et a prit ses affaires qu'ils détallent à toutes jambes dans le couloir. Il dévale les escaliers du perron et cour jusqu'à la voiture de sa tante qui l'attend. Mais Georg le rattrape bien avant que Bill ne repère la voiture sur le parking. Mais au lieu de le mettre à terre et le cogner de toutes parts, il le traîne jusqu'à la voiture de sa mère à lui. Bill la connaît bien. Il ne sait pas si elle sait. Mais au lieu de se débattre comme un fou il suit Georg sagement. Il le fait entrer dans la voiture, Bill salut sa mère. A en juger par le ton qu'elle prend, elle ne sait pas que lui et Georg sont devenus les meilleurs ennemis du monde.
- Ca faisait longtemps que je ne t'avais pas vu Bill ! Tu vas mieux ?
- Oui, oui, ça va, répond-il en grimaçant.
- Il faut que je te raccompagne chez toi ? demande-t-elle.
- Ou...
- Non, je lui ai proposé de venir manger à la maison, coupe Georg.
- Ha, très bien !
Bill regarde Georg, sur le siège avant, dans le rétroviseur, celui-ci lui lance un regard pleinement pervers. L'androgyne s'attend au pire... Impossible de savoir ce que Georg a idée de lui faire endurer.
La voiture se gare devant la maison.
- Je vais aller au supermarché... parce que le frigo est un peu vide pour ce midi, à tout à l'heure les garçons !
Sous l'½il de la mère, les deux garçons entrent dans la maison. Aussitôt la porte refermée, le c½ur de Bill s'accélère encore plus. A peine fait-il un pas en arrière que Georg le chope et le force à le suivre dans sa chambre. Bill se débat, mais ses petits poings de font pas beaucoup de mal à Georg. Il le jette sur son lit et attrape... une chaîne et un cadenas. Bill tente de s'évader mais rien à faire, Georg s'est une fois de plus jeté sur lui et il ne peu plus bouger. Il attrape ses mains, les serre avec la chaîne qu'il attache aux barreaux du lit à l'aide du cadenas qu'il boucle. Il porte un grand coup de poing sur la tempe droite de Bill, qui arrête de gigoter aussitôt, sonné. L'androgyne respire à pleins poumons, la peur lui ravage l'esprit. Non... Georg n'est tout de même pas cruel à ce point pour lui faire subir ça !!?
Bill se remet à s'agiter et à remuer dans tous les sens, Georg lui porte un nouveau coup à la tempe. On peut distinctement entendre la respiration saccadée de Bill et le rire pervers de Georg. Ce dernier déboucle la ceinture de sa victime. Bill a comprit, il hurle, mais Georg est déterminé à lui faire subir la pire des sentences.
- Fait pas ça ! Hurle Bill, les larmes qui coulent des yeux.
- J'vais me gêner peut-être ?! Aboie Georg.
Il dégrafe son jean, puis retourne Bill sur le ventre, comme un pantin. Il abaisse son pantalon jusqu'aux genoux du garçon. Il fait de même avec le sien.
- Georg arrête, j't'en pris !
- Non, j'vais me faire un malin plaisir à te faire souffrir...
Bill tire sur sa chaîne, comme un chien sur sa laisse. Georg abaisse le boxer de Bill et le sien. Il s'approche. Bill hurle lors de la pénétration.
- ARRÊTE !
- Non, je commence à m'amuser !
Tout en le violant, il sort un canif de sa poche et grave des signes sur le dos de l'androgyne dont il a coupé le t-shirt. Puis il y va un peu plus fort. Le pauvre Bill sent qu'il y prend même du plaisir. Il arrête de crier, personne n'entend. Il ne peut que se laisser faire. Georg continu à graver des inscriptions dans son dos, sur ses flancs, sur ses fesses. Le sang vient tremper les draps. Bill faibli, la douleur le ravage, il perd trop de sang. Les larmes coulent à flots sur ses joues. C'est dans un dernier gémissement de souffrance qu'il part ailleurs. Même sa victime évanouit, Georg continue son crime...

Quand Bill reprend conscience, il est toujours sur le même lit, les bras tendus vers l'avant et encore attaché. Il est sur le ventre. Son pantalon est remonté, une serviette enveloppe son torse débarrassé de tout autres vêtements. Une horrible odeur flotte dans la pièce. Ces joues sont encore humides. Une nouvelle vague de larmes le submerge. Il a mal partout. Il veut se retourner, bouger, partir, s'enfuir. Mais les chaînes l'en empêchent. Mais, en se contorsionnant péniblement, il parvient à se mettre sur le dos. Les blessures se réveillent et sa douleur à la tête également. Il veut hurler mais... un gros scotch condamne ses lèvres. Il se met à gigoter, la peur l'envahit, il en gémit.
Une clef tourne dans une porte, qui s'ouvre, deux secondes plus tard, Georg se tient à quatre pattes au dessus de lui. Il lui arrache la serviette, qui frotte dangereusement les plaies. Il se retrouve torse nu, tremblant de froid et de peur.
- J'ai dis à ma mère que t'étais parti parce que tu ne te sentais pas bien. Ça va être marant, on va passer plein de bons moments ensemble, hein ? Ta tante va s'inquiéter, ça sera d'autant plus intéressant...
Il caresse les cheveux noirs de l'androgyne, comme pour prendre soin de son nouveau... jouet. Des perles de sueur froide naissent sur le front de Bill. Georg sourie étrangement. Bill le mordrait s'il le pouvait. Georg empoigne le visage de Bill par les joues, le forçant à le regarder droit dans les yeux.
- Tu vois, c'est le genre de petite ordure tel que toi qu'il faudrait éliminer. Mais je préfère te faire souffrir, c'est amusant. Il faut toujours un gagnant... et un perdant. Aujourd'hui tu as perdu, je fais de toi ce que je veux.
Bill le repousse faiblement avec ses jambes. S'il était plus fort il l'aurait envoyé au bout du lit. Georg attrape ses pieds nus, ressort son canif et y enfonce la lame à plusieurs endroits, pas trop profondément, juste assez pour faire mal. Il remonte et arrive aux abdominaux. Il y grave une dernière chose avant de s'en aller en claquant la porte. Bill redresse la tête et, même à l'envers, il parvient à lire : « Je suis une pute ».
Plusieurs longues heures il reste là, meurtrit et humilié, sachant que Georg n'a aucunement l'intention de le libérer. Le soir, Georg recommence son abominable crime.
Le lendemain matin, Quand Bill se réveille, il ne sait même plus quel jour on est. Il voit Georg assit sur le lit, attentant avec il ne sait quoi dans les mains. La faim et la soif torturent encore plus son corps. Le voyant se réveiller, Georg souri, s'approche de lui et retire le scotch de ses lèvres. Bill n'a pas le temps de crier, il lui enfourne du pain sec dans bouche, l'enfonçant dans sa gorge avec ses doigts. Bill, prit de hauts de c½ur, peine à avaler. Georg lui fait manger de force un deuxième bout, puis un dernier, qu'il fait passer en le faisant boire. Mais n'étant pas dans la bonne position, Bill n'arrive pas à avaler et recrache toute l'eau à la figure de son agresseur. Mécontent, il le baffe, remet le bout de scotch sur sa bouche et montre l'objet qu'il tenait en main il y a deux minutes : une cravache. Sa mère faisait du cheval avant...
Alors il a frappé Bill avec, sur la poitrine, sur les flancs, sur les abdominaux, sur l'aine mais aussi sur les cuisses et même la figure. A la fin, tout son corps se résumait à une simple chose : mutilation. Puis, encore une fois, il se retrouve seul ici. Il n'y a que Georg qui sait qu'il est là. Et sa tante ? Elle doit s'inquiéter comme jamais. Elle doit penser l'avoir perdu, lui aussi. Bill inonde une nouvelle fois le lit sal de son eau. Il est perdu...
Et Matt ? Il n'ose pas y penser. Il faut qu'il se concentre pour se sortir d'ici. Comment ? Attaché là, il ne peut rien atteindre. Une autre vague de désespoir monte dans sa poitrine. Alors, il tire sur ses bras, aussi fort qu'il le peut. Il pousse sur ses pieds, ondule comme un serpent et, épuisé et transpirant, il parvient à se mettre assit, dos aux barreaux du lit, les mains toujours attachées. Ses cheveux collent sur son visage brillant de larme et de sueur. Il regarde son corps mutilé, certaines coupures suppurent. Son jean est totalement foutu, mouillé de différentes substances, lacéré à coup de canif. Ses pieds... il gémit fortement en regardant son pied gauche : où est son petit orteil ?! Coupé... Il n'a même pas envie de le chercher des yeux. Son torse est pire qu'un champ venant d'être labouré, des coupures, des signes, des inscriptions, des dessins... et la fameuse phrase écrite en grand, qui ne partira probablement jamais. Son visage n'a pas grand-chose, juste quelques coups de cravaches... Seul son cou, ses bras et ses mains sont intacts.
Alors qu'il contemple avec lamentations son corps, il entend une voix de femme dans le couloir. La mère de Georg. La poignée tourne, mais la porte ne s'ouvre pas. Verrouillée.
- Georg, mon chéri, tu ne sais pas où sont les clefs de la chambre d'amis ? Papi et mamie viennent dormir ce soir ! Il faut que je fasse le lit !
- Laisse, je vais m'en charger !
- Tu es sûr ? Je peux le faire sinon !
- Non, non ! C'est bon, va faire ce que... tu as à faire, je m'en occupe.
- D'accord.
L'occasion en or. Il ne faut qu'il se loupe. Sa liberté, et même sa vie, est en jeu.
Cinq minutes plus tard, la clef clicote dans sa serrure et la porte s'ouvre. Georg entre.
- Va falloir déménager pour une nuit...
Bill est attentif à tous ces mouvements. Ces yeux suivent ces mains. Et lorsqu'il sort de sa poche la clef du cadenas, son c½ur s'emballe : la clef de sa liberté. Georg le bouscule sur le côté et déverrouille le cadenas. Il tient fermement les poignets de Bill mais, lorsque l'étreinte des chaînes se desserre, l'androgyne tire un grand coup sur ces bras. La sueur joue le rôle de lubrifiant. Il saute du lit, agile et souple comme une belette. Son secret ? La détermination. Cependant, il reste faible. Il est d'un côté du lit, dos à la fenêtre, Georg est de l'autre, dos à la porte.
- Et maintenant ?! Souri niaisement celui-ci.
Bill réfléchit à toute vitesse. Le lit les sépare. La porte est hors d'atteinte, Georg l'attraperait dans ces filets s'il tentait de s'y glisser. Alors, la dernière solution fût mise en vigueur. Dangereuse certes, mais elle peut peut-être marcher...
Il se retourne, prend de l'élan et PAF ! Saute dans la fenêtre, brisant la vitre en milliers de petits bouts de verre. Il fait une chute d'environ quatre mètres, tombant du premier étage, dans le jardin arrière. Il roule en heurtant le sol, évitant de ce faire trop mal. Pourtant, ses jambes ont du mal à tenir le choc. Il se relève, chancelant, titubant. Georg est déjà en train d'ouvrir la porte du jardin. Bill se met alors à courir, saute la petite clôture et s'enfonce dans la forêt, torse nu dans la gueule sans pitié de l'hiver.
Il court, à bout d'haleine, ses pieds le torturent, pas les coupures, mais le froid. En effet, il a neigé... Les branches s'accrochent à son jean, fouette son torse et son visage, les épines des ronces griffent ces bras nu. Il entend Georg derrière lui, il le rattrape. Mais il court, il tire sur ces dernières forces, l'instinct de survie l'aide aussi. Il veut s'en sortir. Si Georg le rattrape, là... il ne se contentera plus de le violer ni de le mutiler. Un gravier se plante dans son pied, Bill... n'hurle pas, il n'a même pas prit la peine encore de retirer le scotch. D'un coup de main il le déchire et peut s'aider de cette ouverture pour mieux respirer lors de sa course. Mais vient l'instant où toute source de force est épuisée. La main chaude de Georg se pose sur l'épaule de Bill. Et là, tout passe en un éclair, l'espoir comme la chute. Georg fait basculer Bill en arrière, qui tombe sur les fesses. Il continu de glisser sur la neige, le terrain est en pente. Mais Georg le retient et se jette sur lui. Bill, plaqué contre la neige, ne se retient plus de crier. Les oiseaux s'envolent en piaillant dans les cimes des arbres. Bill ressent une affreuse douleur aux abdominaux : Georg lui enfonce profondément le canif près du nombril. Mais là, c'est plus fort que lui. Il devient une vraie teigne. De ses longs ongles, il se met à triturer le visage de son agresseur, qui lui agite la lame dans la plaie. Bill griffe, déchire la peau du visage de Georg. Ça n'a pas vraiment d'effet. Alors, il en vient à la méthode radicale. Il dévie la main de Georg qui tente de l'arrêter – l'autre étant toujours en train d'enfoncer le canif dans ces intestins – et plante ses doigts dans son ½il. Georg lâche tout et il est comme propulsé en arrière. Il hurle, plaquant ses mains sur son ½il. Bill, libéré, retire le canif, ne prête aucune attention ni à la quantité de sang phénoménale qu'il perd, ni à Georg en train de pleurnicher. Il le laisse là et revient en courant tant qu'il le peut encore sur ces pas. Il arrive, par la gente volonté du hasard, devant le jardin de ces voisins. Alors, utilisant ces dernières forces, il monte sur le perron et sonne. Sa vision se brouille, ses membres l'abandonnent, la porte s'ouvre, un cri d'effroi retentit, il tombe dans des bras, contre un corps chaud et sa conscience quitte son corps brisé...

# Posté le samedi 31 mars 2007 04:38

Modifié le samedi 26 janvier 2008 06:59

Le Troisième Sexe

Le Troisième Sexe
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Chapitre 8 :
'« Bip-bip »
Encore ? J'en ai mart...
« Bip-bip »
Taisez-vous...
« Bip-bip »
Qu'on me débranche... « Non Bill ! Surtout pas ! Tient le coup ! » S'écrit l'ange.
« Bip-bip »
Mais je n'peux plus... Aide-moi.
« Bip-bip »
Dans ce même jardin aux couleurs verdoyantes, l'ange m'embrasse le front. Une immense vague de fraîcheur m'envahit... avant de laisser place à une douleur atroce.'


Cette fois-ci, il ne se redresse pas en hurlant. Il remue légèrement dans son lit, grimace et gémit doucement. Son corps et soudainement prit d'une violente convulsion, qui intensifie encore plus la douleur écrasante.
Il ouvre les yeux. Ce n'est plus les simples petites perfusions de l'autre jour, c'est les tuyaux qui passent partout. Un visage familier se penche sur lui et une main tiède lui caresse le front. Sa tante est là. Une autre personne est également là, mais Bill ne le distingue pas. Sa vision est trop floue, ces yeux se referment. Il se rendort, pour oublier la douleur.
A son nouveau réveil, sa vision s'est améliorée. Il cherche désespérément le visage attendrissant, protecteur et rassurant de sa tante. Mais elle n'est plus là. Les larmes lui montent aux yeux. Dans des moments pareils, on donnerait tout pour voir et entendre ceux qu'on aime.
En revanche, l'autre personne, elle, est toujours là, assise sur un fauteuil dans un coin de la chambre. Bill tente de parler, mais seul un faible murmure quitte ses lèvres. L'ayant entendu, la personne se lève et s'assoit sur le lit. Et là, le pauvre Bill ne peut plus que s'étonner : Matt.
Le blond caresse le visage de l'androgyne puis, doucement, il dit :
- Je m'en veux de t'avoir laisser seul sans explications...
Bill ne comprend pas tous les mots, aussi il fronce les sourcils et tente d'articuler :
- Où étais-tu ?
Matt aurait préféré éviter ce sujet.
- On en parlera plus tard, veux-tu ? Pour l'instant repose-toi.
- Hum...
Bill voudrait bien savoir, mais le sommeil l'emporte une fois de plus dans son petit monde.
Matt ne savait pas si c'était une bonne idée de rester en compagnie de Bill. Il risquait de lui infliger le même sort qu'à Tom. Mais en même temps, ces moments passés loin de celui qu'il aimait l'avaient rendu mort de tristesse. Avec Tom, ça n'était pas aussi... fort. C'est peut-être pour cela qu'il a réussi à se promettre qu'un jour, il avouerait tout à Bill. Sur ce qu'il a fait, sur ce qu'il est et sur ce qu'il a l'intention de faire. Il sait que tous les deux en souffriront. Mais Matt a l'habitude, il a souffert toute sa vie. Seulement, là, c'est différent. Bill est bien plus qu'un simple amour. C'est l'élu. Et ça fait d'autant plus mal de devoir s'en séparer, de lui dire, de lui expliquer pourquoi et à cause de quoi.
Il était venu en Allemagne pour échapper à cela, pour couper ce lien meurtrier qui le rattache à Elle. Elle, trop protectrice. Possessive et assassine. Mais ça a échoué. Ça n'a fait qu'empirer. Soit il se tuera, soit il le tuera. Aucune autre issue n'est ouverte... aucune.
A son réveil, Bill ouvre les yeux sur Matt en train de somnoler sur son tabouret. En fait, il est plus que jamais heureux qu'il soit là...

Aucune autre issue n'est disponible. Mais on peut retarder l'heure à laquelle il faudra la franchir.

Plusieurs semaines ont été nécessaires quant au rétablissement de Bill. Matt et sa tante passaient le voir chaque jour, lui apportant soutient et sourire.
A ça sortie d'hôpital, Dieu soit loué il n'eût pas besoin de courir pour échapper à un destin sanglant. Cependant, il s'en sortait nettement moins bien que la première fois. Il passait ces journées à dormir. Et à souffrir dans son lit comme un mourant.
La première chose qu'il eût envie de faire, lorsqu'il eût été apte à marcher, fût de voir Matt. Alors il lui donna rendez-vous devant la petite boulangerie...

Il attend. Sur un banc. Il pleut. Il tousse. Et Matt n'arrive pas. Enervé, Bill se lève, un peu brusquement pour ses minces forces, si bien qu'il est prit de vertiges. Il s'en remet néanmoins et achète des bonbons au boulanger. Quand il se retourne pour sortir, Matt est là. Bill ne contient plus son sourire, qui lui fend interminablement les joues. Et bien que son visage soit bien amoché de bleus, de coupures et de sa grosse boursouflure de Paris, ce sourire le rendait radieux. Il pousse Matt hors de la boulangerie. Une fois dehors, Matt le sert fort contre lui, mais pas trop quand même. Bill se laisse partir. Après tout ce qu'il a enduré, ce rien le rend heureux. Il niche sa tête dans le cou du blond et respire son odeur. Il lape sa peau, douce, chaude et sucrée comme du lait. Matt caresse ces longs cheveux noirs, puis desserre un peu son étreinte pour mieux regarder le visage féminin de Bill. Ce dernier, du bout de ses lèvres gercées, effleure la bouche légèrement entrouverte du blond. Il y glisse doucement la langue, sans aucun geste précipité. Tout en caressant la nuque de Matt, sa langue vient à la rencontre de la sienne. S'en suivent de doux enroulements et caresses. Bill pensait, quand il était attaché au lit, qu'il n'aurait plus jamais l'occasion de re-goûter au baiser de Matt.
C'est presque comme s'ils ronronnaient comme des chats. En vérité tous les deux avaient souffert du manque de l'autre. Se retrouver, c'est le plus beau des cadeaux. Ils se séparent lentement, puis se fixent dans les yeux. Chacun peut voir que l'autre verse une petite larme.
- Ca me désole ce qu'il t'a fait. Je n'aime pas te voir ainsi meurtris. Si je ne t'avais pas laissé seul à Paris, ça ne...
Bill dépose ses doigts sur ces lèvres, l'empêchant de continuer. Puis il dit :
- Avec Si, on pourrait changer l'image du monde, tu sais...
Il a raison. Mais ça reste de ça faute. Alors, il décide de lui avouer maintenant. Plus tôt sera le mieux.
- Bill, faut que je te dise quelque chose...
- Qu'est ce qu'il y a ? Je n'aime pas cet air sérieux, tu m'fais peur.
- Et bien...
Mais non, impossible. Et puis ça attendra, il veut encore vivre plusieurs moments avec Bill. Ce dernier, frémit d'inquiétude.
- ... Je t'aime.
- Ho... murmure l'androgyne, soulagé, retrouvant son magnifique sourire.
Il sert le blond contre-lui. Puis il murmure à l'oreille de Bill :
- Et si... on passait au niveau d'au dessus ?
Cette proposition frappe Bill comme une claque. Non pas qu'il n'est pas envie, mais il reste assez distant de ça, maintenant. Le traumatisme causé par Georg repousse quelque peu cette idée. Il n'a pas envie de se rappeler cet enfer, c'est trop dur.
Voyant la panique de son ami, Matt le rassure :
- Je te comprends si tu ne veux pas... dis-le moi juste. Ça peut attendre, tu sais...
Trop tard. D'horribles souvenirs hantent maintenant les pensées de Bill. Il éclate en sanglots.
- Non, je t'en pris ne pleure pas... excuse-moi... compatit Matt.
- C'est pas ta faute, c'est la Sienne... sanglote Bill.
- Chut... calme-toi, ne pense plus à lui, suggère le blond en caressant le dos et les cheveux de l'androgyne.
Il essuie le maquillage noir qui coule le long des joues de Bill. Ce qui effraye ce dernier, c'est aussi que Matt voit cette ignoble phrase inscrite sur son ventre. Et toutes les autres scarifications également que le temps n'a pas encore effacé.
- Si tu sais que ça ne va pas te faire plaisir, ce n'est pas la peine qu'on le fasse...
- Hum...
- Bill ?!
Bill avait le regard livide, il ne tenait pas debout. Aussi ses jambes le trahirent, il se penchait dangereusement sur le côté. Matt eût vite fait de le retenir avant qu'il ne tombe.
- Tu ne te sens pas bien ?... Bill ? Bill !!!
Tout était flou dans la vision de Bill. Soudain, il se mit à tousser gravement. Matt le fit asseoir sur le banc où il se tenait avant qu'il n'arrive. Bill se plia en deux, les mains sévèrement plaquées sur le ventre. Il ne s'arrêtait plus de tousser et de trembler. Matt lui tapait frénétiquement le dos, sans effet. Puis, aussi soudainement que c'était arrivé, tout s'arrêta. Bill, les larmes aux yeux tellement il avait mal, frissonnait et gémissait. Tout à coup, son visage pâlit, il grimaça en se tournant vers Matt. Un goût amer envahit sa bouche. Et il cracha du sang.
Il laisse le liquide rouge couler le long de son menton. Matt s'empare d'un mouchoir et essuie le sang.
- Qu'est ce que c'est ?! Demande le blond un peu effrayé.
- Je... sais pas... avoue Bill d'une voix plaintive.
Matt se lève brusquement.
- Je vais te raccompagner chez toi, dit-il.
Bill, sans se faire prier, se relève péniblement, aidé de Matt. Puis le blond l'escorte jusque chez lui. Sa tante n'étant pas là, il reste quelques temps avec lui pour l'aider en cas de besoin. Plusieurs crises surviennent encore. Mal au plus haut point, Bill est contraint d'aller se coucher sous les ordres de Matt. Il enfile un pyjama et se glisse dans son lit. Matt reste assit à ses côtés.
- Viens avec moi... murmure Bill, sur le point de s'endormir.
Matt retire ses chaussures et rentre sous la couette. Bill se blotti contre lui pour avoir plus chaud. Le blond, comme il aime le faire, respire l'odeur de l'androgyne. Il caresse doucement ses côtes et ses abdominaux... et sent de grosses égratignures sous ses doigts.
- Qu'as-tu au ventre ?
Il soulève un peu la couverture, remonte le haut de pyjama de Bill et voit l'horrible scarification. Il constate aussi... que ça veut dire quelque chose. Bill, furieux et voulant garder cette blessure pour lui-même, rabat son pyjama. Mais trop tard face à la vision perçante du blond. Ce dernier est submergé d'une immense vague de tristesse. Comment Georg a-t-il pu graver cette infâme phrase à jamais dans la peau de celui qu'il aime ? Ses yeux s'embuent de larmes, il sert Bill contre lui, prenant son visage dans ses mains.
- Je te jure qu'il le regrettera... chuchote-t-il sérieusement.
Bill enfouit sa tête dans le cou de Matt. Ce dernier était en train de se rendre vraiment compte de ce que Bill avait exactement enduré, et cela le peinait en même temps que ça le rendait furieux.
Une nouvelle crise affecte le corps de Bill. Quand sa tante rentre, elle suggère de retourner à l'hôpital pour une consultation. Et le lendemain, il s'avère qu'en fait une lourde maladie inguérissable infecte l'organisme de Bill. Cette maladie dont tout le monde parle, qui sévit dans chaque région du monde. Celle qui prend la vie des gens qui s'aiment sans se protéger. Sauf que Bill ne l'avait pas attrapé de son plein gré... maintenant, le sida sévissait en lui.

# Posté le samedi 31 mars 2007 04:42

Modifié le samedi 26 janvier 2008 07:00