Le Troisième Sexe

Le Troisième Sexe
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Chapitre 9 :
" Tom... on dirait que tout est mit en place pour que je te rejoigne. A vrai dire, j'ai plutôt envie. Mais... ça entaille quelque peu ce que tu m'as délibérément recommandé de faire... Mais là, j'ai plus vraiment le choix. Tu sais que les traitements pour cette maladie ne font que retarder l'heure... Ma vie est foutue... Et dire que je m'en remettais tout doucement, j'allais mieux, Matt était revenu... et puis ça est arrivé. »
« Bill... ne dis pas de tels choses. Si tu y crois, tu vivras encore longtemps... »
« Je n'ai pas forcément envie de vivre encore longtemps... »
« Tais-toi ! Tu as de la chance d'être encore en vie. Ça va bientôt faire un mois que je ne foule plus la même terre que toi. Crois-moi, s'il y a une chose qui me tient à c½ur, c'est de redescendre auprès de toi. Je n'ai plus de corps, plus de sensations, plus de plaisir... je ne cours plus dans le parc, comme toi tu peux encore le faire, je ne peux aimer personne... Physiquement, je ne suis plus rien. Je n'existe plus. Je ne suis qu'un souvenir, une âme qui flotte dans l'air et qui effleure l'esprit des gens. Parfois, je réussis à ressentir certaine chose, mais leurs consciences sont souvent fermées. Il n'y a que toi... seul toi me permet de garder en image ce dont j'ai quitté. Je ne suis qu'un état d'air... tout ce que je peux faire, c'est me remémorer ces instants intenses passés sur Terre. Tout ce qu'il reste de moi, c'est ma mémoire... »
« En moi, tu restes bien plus qu'un simple esprit... »
« Un esprit ? Beaucoup vogue autour de moi, je perçois leurs pensées, elles sont fortes et désireuses... parce qu'ils ne sont que des esprits. Comme moi ils n'ont plus de corps, et jamais ils n'en auront plus... »
« Et la réincarnation ? Peut-être que tu es la mouche qui se claque délibérément contre la fenêtre de ma chambre depuis tout à l'heure. »
« Non Bill... ça n'existe pas. Je ne suis pas ta petite mouche qui veut se libérer de ta chambre où il y fait toujours trop chaud... Tu vois, c'est l'instinct de survie... tu l'as toi-même connu. Cette mouche, elle ne veut pas mourir. Car si elle meurt, elle ne sera plus rien. »
« Mais Tom... tu n'es pas rien pour moi ! »
« Un souvenir... juste un souvenir... »
« Peut-être... mais tu es la meilleure des choses qui habitent mes pensées... »
« Je te rappelle que tu voulais m'oublier... s'il y a bien une chose de plus horrible pour nous, Morts, c'est d'être oublié. Beaucoup autour de moi le sont, leurs plaintes résonnent jour et nuit sans interruption. En étant oublié, c'est que, nulle part ailleurs, plus personne ne vous aime. C'est la pire des sentences. Tout lien est rendu inaccessible. Toute pensée devient aussi noire que les ténèbres qui nous entour. »
« Tu me fais peur... Est-ce vraiment cela la mort ? Flotter, perdu au milieu de nulle part, durant l'éternité ? »
« Oui, c'est ça, Bill. Tout ce qui a été inventé, l'enfer ou le paradis, les Cieux et les Dieux, les Anges et les Chimères... Ce n'est qu'une croyance pour que l'heure venue, on ne se dise pas que c'est forcément la fin de tout. C'est pour se donner idée qu'après la mort, il y encore des choses à vivre et à découvrir... »
« Tu as pensé ça, toi ? »
« Oui, j'ai été assez idiot pour me dire que, quelque part, sur un sol palpable, je pourrais t'attendre. Je ne pense pas être le seul... et quand j'ai su que j'étais perdu, au milieu de tous ces médecins, j'y ai cru. J'ai eu le malheur de croire que, de là haut comme on dit, je pourrais admirer la Terre... Mais c'est faux. Petit à petit, toute image s'estompe. Même ton image à toi m'abandonne... tu vois, c'est pour cela, Bill, que si l'on me demandais de faire un v½ux, je demanderais la vie. La plus belle chose qui ne m'a jamais été donné, c'est de naître doté d'un corps et d'une âme... »

Bill se réveille en sursaut, au beau milieu de la nuit. Il s'assoit sur le bord de son lit, dans le noir. Il vient de faire un rêve étrange... ou peut-être que ce n'était pas tout à fait un rêve. Dans tous les cas, c'était trop insolite.
Il s'essuie la bouche, un peu de sang y est collé. Une pensée soudaine lui dévore l'esprit : pourquoi, précédemment, Tom l'a-t-il mit en garde contre Matt ? Il faut qu'il sache. Il se rendort avec, en tête, la volonté de demander à Matt en personne ce qu'il lui cache certainement...
Le lendemain, il se réveille assez tard. Il fait jour dans la chambre, il ouvre les yeux, et son regard se pose directement sur une photo de Tom et lui. Dehors les nuages pleurent toute la tristesse du monde, en flocons. Bill se retient de ne pas laisser couler ses yeux. Il se lève, grelotte. Il a oublier de mettre le chauffage... l'hiver n'a pas épargné sa chambre. Il le met en route, puis s'accoude à la fenêtre givrée. Le vent couche les arbres et les déshabille de leur manteau de neige. Le ciel gris, de temps en temps, se laisse transpercer par les rayons du soleil. Mais globalement, tout est aussi triste et froid que le c½ur de l'androgyne.
Une larme colorée s'invite et coule en hésitant le long des lèvres de Bill, cherchant la pente de son cou. Sa courte existence se termine, essorée, dans son haut de pyjama. L'astre du jour choisit cet instant pour dévier la barrière épaisse et cotonneuse que forme les nuages. Ces rayons d'or pur recouvrent le paysage désolé, illuminant les branches nues et les collines enneigées. Un jour viendra, il survolera sans les voir, les plaines dissimulées sous la poudre blanche... Dans si peu de temps... Remonter le temps, faire marche arrière, reculer, pour ne plus céder, pour tout réparer, pour recoudre des morceaux déchirés, tel serait sa volonté.
Un oiseau traverse le ciel à nouveau assombrit. De ses longues ailes noires, il survole les plaines, libre. Transporté par les courants ascendants, il scrute la vie d'en bas qui, à vrai dire, ne grouille pas. Il croasse, déçut par ce manque d'avidité de la nature et fait demi tour, silhouette noire contrastant dans la tempête de flocons blancs. Bill soupire, son souffle chaud et plaintif vient se condenser sur la vitre transie. Il veut savoir la réponse, mais en même temps quelque chose l'effraye.

L'après midi, il donne rendez-vous à Matt, toujours devant la petite boulangerie. Sur le chemin, un malheur survient, lors de la traversée du parc.
- Ha ! Hé tient la bonne surprise !
Rien qu'au son rauque de la voix derrière lui, Bill accélère le pas, sans se retourner, regardant droit devant lui, comme hypnotisé à aller vers un point précis. La peur s'attaque à sa poitrine, ne lui laissant pour respirer qu'une mince respiration entrecoupée de sanglots inquiets.
- Ho mais où est-ce que tu vas comme ça ?
Des pas crissent sur le gravier enfouit dans la neige. Bientôt une main se pose sur son épaule. Bill résiste à cette force mais la personne se positionne face à lui. Le regard troublé, il dévisage cette personne qui l'a rendu inapte à créer une progéniture. Un pansement lui cache un ½il.
- Tu vas bien depuis cette petite promenade dans la forêt ? Demande-t-il avec un sourire vicieux.
Bill ne répond pas mais ne s'arrête pas de le fixer pour autant. Une profonde haine prend la place de la peur. Il grimace sans s'en rendre compte.
- Quoi ? T'as mal quelque part ? Tu veux que je te soulage ?
S'il était Tigre, il aurait fait résonner son rugissement à des kilomètres à la ronde. En tant qu'Humain, il se contente de rester de marbre, impassible, comme une pierre.
- Ça veut dire oui ?!
Mais il craque.
- Tais-toi ou je te renvois sous le sable d'où tu as osé émerger ton ignoble face.
L'ennemie éclate de rire. Un rire grave, un rire méchant, moqueur. Puis, soudainement, il reprend son sérieux. Mais un sérieux... effrayant.
- Tu crois vraiment que tu me fais peur en disant cela ?
Son petit ½il le fixe. Bill a de plus en plus de mal à l'affronter. Il ne peut s'empêcher d'y repenser... et d'en verser son innocence... Innocence qu'il a perdue par sa faute. Tout à coup, Georg attrape sa nuque et le force à l'embrasser. Bill, trop faible, ne peut que subir. Mais ce baiser n'est qu'un prétexte. Sans qu'il le voie, Georg glisse un couteau de sous son manteau et plaque la lame froide sur la peau brûlante du cou de l'androgyne qui essaye sans succès de se libérer de cet enfer. Bill déglutit en sentant le métal glacé sur lui.
- Tu me rends la vie un peu compliquée... alors je vais anéantir la source de tous mes soucis...
Il pousse Bill en arrière et le renverse dans les buissons. Accroupit, il ne peut plus que supplier les Dieux de l'épargner. Cependant, bien décidé à savourer les quelques années qui lui restent, il pousse sur ses jambes et se jette sur Georg, qui, sous l'effet de surprise, lâche le couteau. Mais il reprend rapidement ses esprits. Cent fois au moins plus musclé que Bill, il le renvoi vite fait sur le côté. Mais, faute très grave de sa part, Bill retombe à quelques centimètres du couteau et s'en empare.
Georg se relève et aboie :
- Rends-moi ça !
- Pour que tu me l'enfonces dans la poitrine ? Va te faire foutre.
Georg se rapproche dangereusement, mais Bill est armé. Il brandi le couteau et avance lui aussi.
- Dis-moi, tu vas pas faire ça dans un lieu public, tout de même ? demande Georg, sachant qu'il marquait un point.
- Y'a pas un rat... pourquoi me gêner ?
Il sait très bien qu'il ne saurait pas faire ça, mais il continue de jouer le jeu. Tant qu'il serait en possession du couteau, Georg restera sur ses gardes.
- Bill ?!!!
Bill voit Matt courir vers lui. Georg profite de cet instant de faible vigilance pour lui sauter dessus, arracher le couteau de sa main et le plaquer dos à la neige. Il s'assoit à cheval sur son torse, souri affreusement, brandit le couteau. La lame brille dans un rayon de soleil. Bill ne la lâche pas des yeux, les mains en l'air comme pour se protéger... de rien. La lame redescend, un cri retenti. Bill hurle. Matt aussi :
- NON !
Georg est tiré en arrière, il roule sur lui-même. Matt le rue de coup et s'empare de l'arme. Alors, la pointe du couteau dirigée vers le c½ur de sa victime, le blond dit :
- Je te laisse le choix. Soit tu décampes et gare à ta gueule si on la revoit, soit je te crève le coeur. T'as trois secondes.
Georg optimise pour la première proposition et Matt le laisse s'enfuir à toutes jambes. Bill, toujours étendu par terre, se redresse, encore un peu brusqué.
- Toi, dorénavant, tu ne sors plus seul ! S'écrit le blond et revenant vers lui.
- Si on part de ce principe, je reste enfermé chez moi et je ne sors pas! Réplique Bill énervé.
- Bill...
- Quoi ?! Ce n'est pas toi qui te fais agresser lors d'une balade dans le parc ! Qui plus est pour aller TE rejoindre !
- Calme-toi merde ! J'voulais pas dire ça comme ça ! C'était juste pour te dire de faire gaffe...
- Parce que tu crois que, quand j'ose pointer mon nez hors de chez moi, j'sifflote en regardant les nuages et en marchant dans la merde ?
- Bill calme-toi et explique moi ce qui ne va pas !
- C'est plutôt à toi de m'expliquer autre chose...
- Comment ?! De quoi tu parles là ? T'as pété une durite cette nuit ou quoi ?
- J'plaisante pas.
Bill prend un air grave. Matt, surprit, ne comprend pas... ou fait semblant.
- Tu connaissais Tom.
Matt, totalement gêné et démasqué, baisse les yeux et plonge dans la contemplation de ces chaussures à damier.
- Hein que tu le connaissais !? Répète Bill, les larmes aux yeux. Pourquoi tu ne m'as jamais rien dit ?
Le blond ne répond toujours pas, Bill le secoue comme un Orangina.
- Bill... ar-rête... s'il... te... te plaît !
L'androgyne, pleurant comme une cascade, s'arrête et s'assoit par terre, démunit. Matt s'accroupit face à lui et essuie ses larmes, mais Bill retire ses mains de son visage.
- Bill... excuse-moi... j'en parlais pas parce que je ne voulais pas mettre ça sur le tapis et...
- Tais-toi ! Je ne comprends pas, pourquoi Tom ne m'a-t-il jamais parlé de toi ?
- Il ne savait pas... c'était nouveau pour lui, il attendait de voir si ça lui plaisait...
- Qu'est ce qu'il lui plaisait ou non ? D'être ton ami ?
Matt passe du blanc terne au rouge pivoine.
- Un peu plus qu'un ami.
Bill, totalement désemparé, dévisage Matt d'un air mauvais, saturé de reproches. Une part de déception déforme son visage.
- Il ne m'a jamais parlé de ça... Mais... t'es vraiment... sortis avec Tom ?
- Oui, même si ça a largement volé au dessus de ce stade...
- Ca te dérangerait de tout me raconter... ?
Matt inspire un grand coup et comment son récit, comme Bill l'avait fait à la tour Eiffel.
- J'l'ai rencontré quand je suis arrivé ici. Ma s½ur a trouvé un appart', je vis avec elle. Ton frère, la première fois que je l'ai vu, c'était à la boulangerie. Il achetait du pain, quand on s'est croisé, moi j'ai flashé tout de suite... j'ai littéralement craqué quand il m'a sourit. Et c'était plus fort que moi, je suis sorti de la boulangerie et je l'ai rattrapé, pour lui parler. Dès les premiers abords, il était vraiment cool, sympas. Du coup, j'ai voulu le revoir, je n'étais pas sûr qu'il m'aimait bien, mais tant pis. Et quand je l'ai revu... J'ai pas résisté, j'ai fait comme avec toi. Ça réaction était la même que la tienne. Mais la seconde fois, c'est lui qui m'a embrassé... et voilà... c'était parti, sauf que ça a accéléré beaucoup plus vite qu'avec toi.
Bill interroge Matt du regard sur cette dernière phrase. Mais le blond garde son mystère. Et là, Matt mentit :
- A sa mort, crois-moi, j'étais aussi triste que toi. Et je t'ai rencontré après...
- Mais... pourquoi tu ne m'as rien dit ?!
- Tom voulait que ça soit notre secret... à nous deux.
Bill ne comprenait pas pourquoi Tom ne lui avait jamais parlé de ça. D'habitude, ils se disaient tout sur tout.
L'androgyne grelotte, assit sur la neige, Matt s'approche de lui, mais il le repousse violemment.
- Dégage, tu me dégoûtes.
Bill se relève et s'éloigne, faisant le chemin inverse.
- Bill, ne soit pas fâché !
- Fâché ? Moi fâché ?! Crie-il en se retournant. Si j'étais seulement fâché, je resterais peut-être ici ! Je ne te raconte pas à quel point tu t'es cassé la gueule dans mon estime ! Je n'en reviens pas de ce que toi et Tom vous m'avez caché !!!
- Bill, dit Matt et venant vers lui, déjà, tu n'aurais jamais dû le savoir. De toute façon, c'est du passé, on ne peut rien changer !
- Tu ne t'imagines même pas comment je regrette de t'avoir connu... Quant au passé, crois-moi, j'aurai mieux fais de rester dans l'ignorance là-dessus.
Cette déclaration claque dans l'air comme un coup de revolver. Bill se retourne et marche d'un pas déterminé, vers chez lui.
- Tu ne l'aimais pas Tom !?
Bill s'arrête une seconde fois.
- Ecoute-moi deux secondes. Tu vois, le monde n'est qu'un pervers, qu'un enfer. Et pourtant, on continu tous de le braver. On rit, comme si on n'avait aucun souci. On danse en faisant semblant d'être heureux. On vit, sans envisager de mourir. Et quand on attrape les raines de notre vie, elle est déjà lancée au galop. Quand elle s'arrête, on perd tout. La mienne s'est déjà arrêtée, j'ai tout perdu en perdant Tom. Tu as déjà perdu quelque chose, toi ? Ouais, ta mère. Ça fait mal hein ? Et bien, quand tu apprends quelque chose que tu ignorais totalement sur cette personne aimée, y'a de quoi être plus que fâché ! Surtout une vérité comme celle que tu viens de m'avouer ! J'ai le c½ur totalement déchiré, tout mon sang se déverse hors de mon corps, et ça fait mal.
Il repart, sans plus jamais se retourner sur cette personne sur laquelle il s'est lourdement trompé. Matt reste là, regrettant sa propre existence.
Sur le chemin de chez lui, Bill tente de s'adresser à Tom, mais son esprit ne s'ouvre plus à lui. Bill aurait voulu démolir le monde à cet instant. Puis soudain, il s'arrête, s'adosse à une clôture et glisse pour se retrouver assit. Et là, il laisse son c½ur blessé hurler sa douleur. D'énormes larmes brûlantes de tristesse dévalent ses joues et mouillent ses cheveux ainsi que ses vêtements. Apprendre la vérité sur le passé lui a été fatale, comme une épée qui se plante dans une poitrine. Tom... avoir fait... ça, avec... Matt ?! Et lui maintenant, qui a été a deux doigts de faire... ça, avec... Matt ?! Son frère et lui qui ont été amoureux du même garçon ? Non... Pourtant si. Il n'y a que la vérité qui blesse.
« Bill... désolé. »
« C'est un peu tard pour être désolé. Jamais j'aurais cru que tu puisses me cacher ce genre de chose, Tom... »
Bill clôture sa conscience, empêchant toute intrusion de son frère. Il s'endort dans le froid assassin avec ses pensées noires...

Lorsqu'il rouvre les yeux, il n'est plus dehors contre la clôture. Il est dans une chambre qu'il ne connaît pas, sur un lit qui appartient à une personne dont il reconnaît facilement l'odeur. Il n'est pas enchaîné, c'est un point positif et rassurant. Il est torse nu, sous une couette chauffé par son propre corps. Seul un lampadaire dehors éclair faiblement la pièce à travers la fenêtre. Bill se redresse lentement, gardant la couette contre lui, glacé par sa sieste dans un lit de neige. Une main se pose sur son ventre, il sursaute, il pensait être seul. Mais en effet, une tête blonde dépasse de la couette. Matt lui caresse le ventre.
- Tu m'as fais peur, crétin, dit Bill.
Il veut se lever mais main l'agrippe à sa ceinture.
- Laisse-moi, je t'ai dis que je ne voulais plus te voir.
Matt tire sur son jean et allonge Bill sur lui.
- Je regrette tout ce que j'ai fait... s'il te plaît pardonne-moi.
Bill se retourne face au blond. Celui-ci sort une main de sous la couette et caresse le visage de l'androgyne. Puis sa main migre vers sa nuque et tire la tête de Bill vers la sienne. Ce dernier se laisse pleinement se faire manipuler. Matt, dans un murmure, effleurant les lèvres de Bill, dit :
- Aime-moi...
Il embrasse passionnément l'androgyne, qui lui ne sait même plus où il en est. Une chaleur odorante s'élève, les deux garçons croulent sous les caresses de l'un et l'autre. Matt enfonce doucement ses ongles dans la nuque et le dos de Bill, à cheval sur le blond. L'androgyne lèche et mordille la poitrine de Matt, tout en gémissant de plaisir. Les mains de Matt descendent et se perdent dans le boxer de Bill qui accélère sa respiration. Puis le blond déboucle la ceinture de l'androgyne, puis dégrafe son jean, qu'il baisse doucement tout en caressant le haut de ses cuisses. Les gémissements de Bill se font pour forts. Il tombe en arrière sous l'effet du plaisir qui envahit son corps. Matt se penche sur lui après avoir prit un préservatif dans un tiroir de sa table de nuit...

/!\ Passage Lemon /!\

Bill ne savait pas s'il était raisonnable de faire ça, étant donné son état et son embrouille avec Matt. Néanmoins, il se dit qu'il faut qu'il passe le cap, le passé, n'est que mort et enterré. Alors, il abaisse le pantalon noir de Matt en train de lui mordiller le lobe de l'oreille. Il lui enlève, tandis que son propre bas s'enlève aussi, en proie à la magie du... désir.
Bill pousse un cri lorsque Matt commence à lui caresser sa virilité. Il force le blond à l'embrasser en lui tirant les cheveux, pour qu'il s'arrête de crier. En vérité, Bill a un peu peur, le souvenir de Georg reste omniprésent dans sa mémoire. Cependant, ils n'y sont pas encore. Matt caresse tous les endroits récepteurs de plaisir du corps de Bill. Celui-ci se tortille tellement le plaisir est énorme. Il se caresse lui-même, oubliant presque Matt, la cause de son bien-être. Le blond se recule, abaisse le boxer tendu de l'androgyne et lèche son sexe. Bill se remet à crier tout en se cambrant. Jamais il n'avait ressentit pareille sensation. Il griffe la nuque du blond à son travail, l'incitant à continuer. Quand enfin le plaisir atteint son niveau maximum, Matt recueille le liquide contaminé dans sa main, sachant bien ce qu'il risquait s'il continuait de sucer celui-ci à sa sortie. Bill crie de plus belle.
Matt essuie sa main sur un pan du lit et s'allonge sur Bill toujours en train de savourer son plaisir. Il pose sa tête sur sa poitrine, l'oreille contre son c½ur qui manque d'exploser. Puis, doucement, il fait rouler l'androgyne sur lui-même. Mais ce dernier arrête sa man½uvre. Matt, soucieux, demande en chuchotant :
- Tu as... peur ? Si tu veux, on s'arrête là, je comprendrais...
Bill refait allonger Matt contre lui, son ventre collé au sien, les respirations parfaitement synchronisées. Dans un souffle, il parvient à murmurer :
- Non... on continue... Mais, doucement...
- Ne t'inquiète pas...
Matt embrasse Bill sur le front, puis l'androgyne se retourne par lui-même. Le blond enlève son boxer, qu'il avait toujours, et prend Bill par la taille après s'être protégé. L'androgyne grimace au début, lors des premiers va-et-vient. Puis la douceur de Matt le met plus en confiance, les soupire et les gémissements reprennent. La chaleur monte encore un peu plus dans la chambre. Cambré au maximum, Bill lève la tête au plafond tout en soupirant de plaisir. Matt attrape et mâche ses longs cheveux noirs. Puis l'effet du plaisir arrive à son apogée. Les pulsions de Matt signalent à Bill que c'est fini. Il se rallonge, Matt sur son dos, en train de déguster le plaisir qui s'en va petit à petit. Tout en soupirant dans son cou, il caresse les flancs de l'androgyne qui ferme déjà ses doux yeux. Matt glisse sur le côté et se serre contre Bill qui l'entour de ses bras. Il rouvre les yeux, simplement pour répondre à la question silencieuse du blond :
- C'était bien...
Il sourit et l'embrasse, avant qu'ils ne s'endorment tout deux dans une étreinte inséparable.


Bill se réveille aux aurores. Matt dort encore. L'androgyne contemple son visage doux et innocent comme celui d'un enfant. Il ne sait pas s'il doit regretter ou pas ce qu'ils avaient fait cette nuit. Certes, il avait vraiment aimé... mais quelque chose le gêne. C'est peut-être le fait que Matt avait fait la même chose avec son propre frère jumeau. Cette idée le met mal à l'aise. Faire des galipettes avec son copain qui a fait de même avec un autre membre de la même famille... ça n'est peut-être pas à prendre à la légère. Enfin bon, après tout...
Bill tente de sortir du lit, il a trop chaud. Mais Matt le tient fermement contre lui comme s'il avait peur qu'il tombe.
- Matt ! Chuchote-t-il, lâche-moi s'il te plaît !
- Hummm...
Cela ne fait que plus resserrer l'étreinte qui l'emprisonne. Bill le pousse doucement mais rien à faire, il est condamné à mourir de chaud. Finalement, il se rendort contre la poitrine du blond.
Il est réveillé par quelque chose qui lui chatouille le torse. Il ouvre les yeux et découvre Matt qui passe souplement ses doigts sur sa peau en souriant. En voyant son ami qui se réveille doucement, il embrasse son cou en respirant son odeur. Puis il chatouille ses abdominaux, ce qui a pour effet de faire contorsionner Bill comme un ver.
- Arrête ! Pas des chatouilles ! Dit il en riant.
Matt se prend un malin plaisir à faire gigoter Bill dans tous les sens. Puis il s'arrête, voyant sa victime à bout de souffle. Il caresse ses cheveux et Bill vient mordiller ses lèvres. Mais soudain, la petite larme rouge s'invite et lui rappelle sa gênante faiblesse. Effrayé, Matt essuie le sang qui dégouline des lèvres de Bill et le serre contre lui, en se rendant compte... que Bill est maintenant éphémère, qu'il peut s'en aller à tous moments.
- Désolé... dit Bill.
- Hein ?!
- Je ne voulais pas que tu vois ça... ça me gêne affreusement.
- Tu n'as pas à être gêné. Moi, je te soutiens de tout c½ur.
- Hum... merci.
L'androgyne dépose un baiser sanglant sur le front de Matt. Il tousse ensuite à plein poumon, ce qui l'oblige à quitter le lit et s'habiller en catastrophe pour aller cracher aux toilettes.
Matt, s'inquiète un peu. A vrai dire, il a peur pour Bill.
- Bill ? Tu... ça va ? Dit-il en frappant à la porte des toilettes.
Bill sort du cabinet, un peu salit de rouge.
- Je vais aller me laver... dit-il en regardant son propre état déplorable.
- Je peux... ? Commence Matt.
- Oui... répond Bill. Heu... c'est où ?
- Viens.
Matt attrape la main de Bill. Il l'emmène dans la salle de bain et fait couler l'eau dans la baignoire.
- Ça fait mal ?
- Quand il y a beaucoup de sang, oui.
- Mais là, tu as mal ?
- Un peu mais ne te soucie pas de ça.
- Mais Bill... je t'aime et... si tu souffres, je souffre aussi, enfin pas de la même manière mais... intérieurement, en moi...
- Te tracasses pas, je comprend.
Si Bill comprend si bien, c'est surtout que c'est ce qui se passait avec Tom, quand il était encore là. Quand l'un des jumeaux souffraient, pour une quelconque raison, l'autre ressentait un peu de cette souffrance. C'était un lien permanant, qui fonctionnait pour toutes les connexions : les rêves, l'envie, la souffrance, le bonheur... Et seul la mort pouvait les débrancher l'un de l'autre. Malheureusement, c'est arrivé.
La baignoire remplit, Bill commence à se déshabiller. Matt, contrairement à ce qu'il voulait, s'en va.
- Ben, tu ne restes pas ? Demande Bill, étonné.
- N... non, j'ai... un truc à... faire.
Il y avait comme de la peur dans cette phrase. Matt tremble, Bill le voit, des perles de sueur froide naissent sur son front. L'androgyne le laisse s'en aller, il lui demandera après ce qui ne va pas. Pour l'instant, il préfère s'occuper un peu de lui.

Le blond se réfugie sous sa couette, recroquevillé sur lui-même, la respiration haletante, les yeux écarquillés d'angoisse. Il sait qu'il ne faut pas qu'il l'écoute. Il sait que ce qu'il a dit hier à Bill, ces deux mots, sont monstrueusement dangereux pour ce dernier. Mais il ne doit pas céder, il a lui aussi, comme tout le monde, le droit d'aimer la personne que son c½ur a choisi. Elle n'a pas à décider pour lui. Il fait ce qu'il veut. Malheureusement, faire ce qu'il veut, ça peut lui coûter chère, extrêmement chère. Il a peur de ce côté sombre qu'il ne contrôle pas, dont Elle seule a la clef.
« Tu-le. Il est tout près, tu-le. Tu l'as déjà fait. Ce n'est pas si compliqué, poignarde-le dans le dos, c'est encore plus facile. Fais-le maintenant, après, ça sera trop tard, tu le sais. C'est lui qui va te tuer. Tu sais ce qu'il en coûte d'aimer. Tu ne veux pas que ça recommence ? Pas comme avant où j'ai su t'arrêter ? Avant que tu ne te tu pour Lui ? Tu sais pourtant que c'est dangereux. Serais-tu suicidaire ? Je suis sûr que tu ne te rends pas compte. Il a faillit te tuer, heureusement que j'étais là pour te raisonner, pour te faire agir. Quitte-le, il est peut-être encore temps. Sinon, tu-le. »
Une profonde et silencieuse tristesse, plus puissante qu'un appel de détresse, coule sur les joues brûlantes de Matt. Ça sera bientôt fini. Bientôt, son nuage se dispersera, bientôt, un des deux partira. Pourquoi n'est-il pas comme les autres ? Bientôt, il pleuvra. Et bientôt, la lueur au fond de son c½ur s'éteindra.

Bill se frotte dans sa baignoire, remplit plus avec des produits d'hygiène que d'eau. Quand il sort de la salle de bain, propre, habillé, sentant bon, il se dirige vers la chambre Matt, qui a aussi été la sienne durant la nuit dernière. Il n'y trouve qu'un lit en bataille, pas très propre. Etrangement, la couette roulé en boule au milieu du matelas pousse des gémissement et frémie. Bill l'enlève et trouve son ami dans tous ces états.
- Qu'est ce qui t'arrives ?! S'écrit Bill.
Le blond peine à répondre. Seuls des gloussements incompréhensibles sortent de sa bouche. Ses cheveux collent sur son visage rouge. L'androgyne s'allonge à côté de lui et l'enlace... mais il est violemment repoussé en arrière et tombe du lit. Il gémit : Matt a appuyé sur la zone poignardée. Mais, il se relève néanmoins, la main plaquée sur le ventre.
- Hé ? Parle-moi !
Matt fait signe de la tête que non. Il enfouit son visage trempé de larmes dans la couette qu'il rabat sur lui, ne laissant plus qu'apparaître une petite touffe de cheveux blonds méchés de noir.
- C'est quoi cette crise ? Explique-moi, je peux t'aider...
Bill retente une seconde fois de s'approcher de Matt. Il a plus de succès cette fois-ci. Matt, abattu jusqu'au plus profond de lui-même, se laisse bercer dans les bras de Bill, se calmant peu à peu. Ses sanglots violents s'espacent de plus en plus et il retrouve une respiration normale, plus posée.
- Je ne peux pas te l'expliquer... Bill, il ne faut plus qu...
Un hoquet le reprend. Bill essuie le visage humide de son ami tremblant. Son corps se convulsionne dans tous les sens.
- Il ne faut plus quoi ? S'impatiente Bill.
- C'est plus possible nous deux...
- Quoi ?! S'exclame l'androgyne, baffé par cette déclaration.
- Il faut qu'on s'en arrête là.
Matt retrouve un ton normal, juste sa voix le trahit par moment. Il quitte les bras de Bill et s'assoie en tailleur en face de lui. L'androgyne, l'air paniqué, questionne le blond de son regard sombre, la bouche entrouverte, laissant voir qu'il n'avait rien à dire.
- Il ne faut plus qu'on se voie. C'est dangereux, pour toi autant que pour moi.
- Je... quoi ?! Mais... ? Tu... ne m'aimes pas ? Ça ne t'a pas... plu ? Rien ? Bafouille Bill, les larmes aux yeux, ne sachant quoi penser.
- Si... Soupire Matt, mais il est amené à prononcer un affreux mensonge pour être crédible. En fait, non. J'ai... pas vraiment aimé. C'était trop... fade, ça n'avait pas de goût. C'était pour... essayer.
- Pour m'essayer ?! Tu m'as pris pour un jouet ?! S'écrit Bill, hors de lui, laissant ses larmes de colère et de tristesse à la fois couler sur ses joues.
Il fallait que Matt soit ignoble, infecte, sans pitié. IL utilise donc cette arme.
- Un peu, ouais. T'es un peu trop... fillette, c'est ringard pour un mec. C'est dommage, t'es quand même canon. T'as pas de goût, et puis finalement, t'es moins excitant que j'osais espérer.
- Mais tu penses qu'au sexe ! C'est toi le ringard dans l'affaire ! Et moi j'ai été assez idiot pour croire qu'en fait tu m'aimais pour ce que j'étais au fond de moi !
Bill s'agite de toutes parts. Il n'en peu plus, c'est trop douloureux pour lui d'apprendre qu'il a été utilisé. Même si ce n'est pas vrai...
- Idiot, oui, c'est tout ce que tu es de toute façon. T'es beau et c'est tout. T'as pas de couilles, tu vaux rien, tu sers qu'à être...
Sachant la fin de la phrase, Bill gifle Matt avec une telle force qu'il est projeté sur le côté. Matt, ayant de plus en plus de mal, ressentant une douleur horrible au fond de lui, se retient de ne pas hurler pour dire que c'est faux. Il achève simplement la rupture avec ces derniers mots :
- Endors-toi ce soir et réveille-toi demain en m'ayant oublié.
La phrase trahit tout. En disant cela, Matt révèle en fait qu'il doit renoncer à son ami. Bill, blessé au plus profond de lui-même, mais ayant des doutes, prend ses chaussures et s'en va. Il claque la porte de l'appartement, descend au rez-de-chaussée, et sort dans la rue. Il commence à marcher, mais il ne sait même pas où il est, tout comme son c½ur qui vient de se perdre...

# Posté le samedi 31 mars 2007 04:47

Modifié le samedi 26 janvier 2008 07:01

Le Troisième Sexe

Le Troisième Sexe
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Chapitre 10:
Parfois, on ment pour se sortir d'une situation sans grande importance : « non m'man c'est pas moi qu'ai terminé les chocolats ». D'autre fois, c'est pour une bonne cause : « ne t'inquiète pas, il t'aime toujours », pour ne pas étaler un sujet qui pourrait durer des heures et des heures. Et, en dernier lieu, il y a ce mensonge qui sert à se débarrasser de quelqu'un, ou de quelque chose. Ce mensonge est le plus ingrat qu'il soit. La plupart du temps, et même à chaque fois pratiquement, il blesse son inventeur et celui à qui il est destiné. C'est ces phrases fausses qui nous font regarder le monde sous un autre angle, celles qui font qu'on se met curieusement à le détester... ou à l'adorer. Le créateur de ces paroles a recourt à cela, souvent parce qu'il n'y a plus rien d'autre à faire, rien n'est plus possible pour ce sortir d'une situation périlleuse. Il est donc amené à prononcer de sa propre bouche des sois disantes vérités qui n'ont pas lieu d'être. La plupart du temps, ça se déchire et ça ne se recoud pas. Ou alors, c'est que l'aiguille est extrêmement fine et délicate dans son pardon. Mais cette vertu n'est pas donnée à tout le monde.
Le ciel de coton déverse son tissu soyeux sur la petite ville en plein travail. Il est midi, Bill ère dans le froid, les pieds congelés jusqu'à la moelle dans la neige, les membres transis de froid. Il a le malheur de glisser sur une plaque verglacée et tombe sur le trottoir. Il aurait bien voulu hurler, mais qui répondrait ?
« Pourquoi moi ? Hein ?! Pourquoi moi !!? Que t'ai-je fais pour mériter ça ?! Je n'ai... pas été sage ? C'est ma gueule qui ne te revient pas ? Ou tout simplement t'aimes t'acharner sur ma personne ? Hein ?! Arrête ! Je t'en supplies arrête ! Que me veux-tu ? Pourquoi me punis-tu ? Tu n'as pas à me faire ça ? Tu ne vois donc pas que je souffre ? Tu aimes me voir souffrir ? Hein ?! Oui tu aimes apparemment ! T'es qu'un salaud bourré de pouvoirs ! Et crois-moi si tu étais palpable, je t'enverrais en enfer ! Rien que pour que tu te rendes compte à quel point tu me descends ! Pourquoi toute cette malchance ? Pourquoi tant de poisse ? N'ai-je pas, comme tout le monde, le droit de vivre en paix avec un minimum de soucis ? ... »
« Bill, le Destin n'y est pour rien. »
« Pour rien ?! Alors qui ? »
« Ce n'est ni lui, ni moi, ni toi. C'est simplement Matt. »
« Matt ? Pourquoi... m'a-t-il fait ça ? »
« Il a fait pareil avec moi. J'ai été blessé autant que toi. Je sais que ça fait un mal de chien. Mais ce n'est pas vrai, il ne dit pas la vérité. »
« Ca explique ton état avant que tu... ne partes. Mais comment peux-tu savoir cela ? »
« Quand on devient esprit, on se rend compte d'un certain nombre de choses que, en étant humain de chair et d'os, on ignorait. »
« Mais alors pourquoi a-t-il fait ça ? Ça ne fait que me foutre encore plus dans l'incompréhension ! »
« C'est une forme de folie. Sa propre âme est habité par un esprit qui, je ne sais pas comment, s'est intégré en lui. C'est contre-nature, je ne sais pas comment ça se peut, mais tu vois bien toi-même les dégâts que ça cause. De plus, l'esprit est lui-même dérangé au plus haut point. Il n'est pas net. Du coup, il a une mauvaise influence sur l'âme de Matt. »
« Pourquoi ne me l'as-tu pas dis avant ?! »
« Je ne le savais pas avant. Sinon tu penses bien que je te l'aurais dit ! »
« Pas sûr... Tu m'as parfaitement tenu hors de tout ce qui se passait entre Matt et toi. »
« Tu sais très bien que je regrette. Si je t'en avais parlé, je ne serais pas mort. »
« Hein ?! Qu'est ce que ça vient faire là ? Il y a un rapport entre Matt et ta mort ? »
« C'est plus qu'un rapport. »
« Tom, non, ne me dis pas que... ? »
« Si, Bill. C'est lui qui m'a tué. »
Aussitôt, Bill ne parvient plus à maintenir le lien qui l'unit à l'esprit de Tom. Tout se coupe. Il réalise alors qu'il est étendu dans la neige, glacé à un tel point qu'il ne peut plus bouger. La peur gagne tout son corps quand il voit une personne se tenir debout devant lui.
- T'as perdu à la bataille de boules de neige ? Dommage...
La personne le ramasse et le porte. Bill, dans un état second, ne parvient pas à bouger ses membres paralysés par le froid. Sa vision floue ne lui permet pas de voir correctement, mais son ouïe ne le trahit pas.
« Tom... pourquoi t'a-t-il tué, alors qu'il t'aimait ? »
« C'est l'esprit. Il ne lui a pas laissé le choix. Il lutte jour et nuit contre lui, pour t'éviter le même sort que moi. Il est courageux, téméraire et plein de volonté. S'il ne possédait pas ces qualité, tu m'aurais rejoins depuis un bon moment...
Bill, remue-toi, tu es en danger, bouge ! Fais quelque chose ! Ou il va recommencer ! »
« Quoi ? Georg ? Mais de toute façon, Tom, que peut-il me faire de pire que ce qu'il m'a déjà fait ? Je suis exténué, je n'ai plus l'envie ni le courage de lutter... »
« Bill, il te tuera, il voudra se venger ! »
« Qu'importe. Si ce n'est pas lui... alors ce sera Matt. »
De nouveau, il se retrouve dans la neige, mais ne parvient toujours pas à bouger.
- Tu perds toujours... c'en est navrant.
Bill se relève en titubant, le froid le prive de gestes précis. Il se trouve dans le petit parc, caché dans une troué entre les arbres. Personne ne vient jamais ici, lui-même ignorait la présence de cet endroit. Il fait face à Georg en essayant de prendre un air dur. Sans succès... son visage reflétait la tristesse, l'exaspération et le sentiment d'être trahit au plus profond de lui.
- Tsss... C'est quand même malheureux d'en être arrivé là. Bon, je vais être sympas, je vais faire ça vite et bien.
- Tu peux m'expliquer ? Détail-moi comment je dois mourir...
Georg sourit. Bill s'en foutait. Il avait posé cette question uniquement pour gagner du temps. Quitte à ne pas pouvoir faire marche arrière, autant gratter quelques minutes. Il ne veut pas mourir là, avec lui pour dernière image. Il préfère un endroit plus approprié avec une personne plus censée. Ça sera Matt.
Georg sort de sa poche... non pas un couteau comme Bill l'aurait cru, mais un petit revolver. L'androgyne regarde l'arme avec des yeux ébahis. Il pensait à une mort plus... lente, qui faisait plus souffrir, ainsi il pensait avoir encore du temps. En fait, c'était imminent.
- Dois-je détailler encore plus ?
- Ca sera à quel endroit ?
- Ici même.
- Oui... mais je voulais dire, sur quelle partie de mon corps vas-tu tirer ?
- Là.
Et imminent était trop long. Il appuya sur la gâchette. Bill eut juste le temps de souffler avant d'entendre la détonation. Ça y est, il est. Il ferme les yeux et attend de ressentir la douleur, avec en tête, l'idée de se retrouver avec Tom. Perdre Matt était un évènement minime face aux retrouvailles avec son jumeau. Mais cela dit, il en était pour le moins très malheureux.
Cependant, la balle mit du temps à venir creuser un nid dans son faible corps. D'ailleurs, elle ne vint jamais. Il y eut un petit cri, suivit d'une respiration haletante provenant d'un corps qui venait de s'écraser à terre.
Bill ouvre les yeux. Georg se tient toujours devant lui, le bras tendu tenant le revolver encore fumant. Et à ses pieds...
- Donne ça !
Matt, blessé, se relève d'un bond et empoigne l'arme, laissant son propriétaire sur le postérieur. Bill, figé, ne bronche pas d'un pouce, ne sachant quoi faire. Il regarde simplement le blond, dos à lui, pointer le revolver en direction de la tête de celui qui est en trop. Une seconde détonation. Georg tombe en arrière. Il ne se releva jamais.
Matt, chancelant, se retourne vers Bill. L'androgyne découvre avec horreur que son t-shirt, froide tenu pour l'hiver, est troué, maculé de sang, au niveau de sa poitrine qui effectuait ses derniers soulèvements. Instantanément, sans qu'il ne se contrôle, il retient le blond dans ses bras, avant qu'il ne tombe. Puis il l'allonge sur la neige, l'entourant de ces bras. Le ciel, assombrit par la nuit, se dégage. Un rayon de lune éclaire les deux garçons, silhouettes noires sur un tapis blanc. La dernière marche de l'amour...
- Pourquoi t'as fait ça ? T'es trop stupide... murmure Bill, retenant un flot de larmes.
- Je t'ai suivis, répond Matt d'une faible voix.
- Mais tu... tu t'es... tu as subis mon destin. Cette balle devait terminer dans mon corps, pas le tien.
- Il se peut, parfois, que le destin se trompe.
Ça a été trop court. Trop court pour Bill. Le corps de Matt se raidit. Bill embrassait ses cheveux, son visage, tout en fermant ses paupières, que ne se relèveront jamais. Ses joues, salées de larmes, ne se fendront plus pour laisser place à un sourire interminable. Contrairement à ce qu'il pensait, c'était beaucoup plus dur de quitter Matt, surtout de cette façon. C'était pire que tout, il était ravagé par la tristesse. Tout, depuis la mort de Tom – comprise – était arrivé bien trop vite. Tout était trop spontané et surtout, sans vraiment de raison. Un long mystère demeure.
Bill est seul à présent. Tous l'ont quittés, seuls leurs esprits divaguent encore dans le vide, celui de Matt s'y ajoute. L'androgyne embrasse une dernière fois le corps inhabité, puis se relève. Un vide infini se créé en lui. Il regarde la Lune, qui elle ne sourie pas non plus. Alors, il marcha, droit vers elle, sortant du parc, traversant la petite ville. Plus rien ne peut le retenir, tout est mort. Les larmes se cristallisent sur ses joues, scintillant au clair de lune. Il marche, sans savoir où il va, ne regardant rien d'autre que la Lune. Personne ne sait où il est allé, jusqu'où il a marché. Certains disent que le froid, en plus de ses blessures, se sont emparé de lui. D'autres pensent qu'il a prit sur lui, qu'il a vécut avec une femme, adopté un enfant et qu'il a luté contre sa maladie. Mais moi, j'aime à croire qu'au terme de sa marche, des ailes lui sont poussées dans le dos, et qu'il s'est envolé très haut, sur la Lune, rejoindre son frère et leur amour commun, dans cet endroit imaginaire qu'on peut peut-être appeler... Paradis.

F I N

# Posté le samedi 31 mars 2007 04:50

Modifié le samedi 26 janvier 2008 07:04

Coma Dans Les Nuées

Coma Dans Les Nuées
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Coma Dans Les Nuées


Un long silence
Annonçait ta fin
Froide en apparence
Qui perturberait à jamais mon destin.

Je te contemplait,
Tu avait les yeux fermés
Depuis si longtemps.
Et moi, encore, j'espérai.

Maintenant, je savais
Que j'avais beau regarder passer les nuées.
Tu ne te relèverais
Jamais.

En moi,
Tout était si noir et navrant.
Et toi,
Tu avançaient vers ce blanc.

Je voudrais ne pas t'oublier
Et que tu restes à mes côtés.
Je t'aimerai toujours je pense.
Mais à jamais tu garderais le silence.

Le son me passait à travers,
Je marchais à l'envers.
Cette fausse joie que je m'étais inventé,
Un nuage l'avait emporté.

Et nous? J'en avais rêver
Alors que commençait ta nuit.
Et nous? Jamais tu ne te réveillerais,
Me laissant là avec ma vie.

Et moi,
J'inventais,
Je ne voulais
Que toi.

Et passent les nuées,
Le vent, les emportés.
Et nous... réduit à jamais
A être séparés.

Maintenant je sentais,
Entre mes mains ton âme mourrait.
Ta vie s'enfuit.
Moi, je ne veux que ta survie.

Et le vent, lui,
Emporterait ton souvenir,
Pressé d'en finir.
Et j'errerais dans l'infini.

Et pourtant j'avais essayé
A mon âme de t'accrocher,
Pour que tu ne t'envoles jamais,
Pour ne pas être séparé.

Ho mon amour,
Sans toi, je suis condamné
A errer dans l'infini. A jamais.
Pour toujours.

Te réinventer,
Te recréer,
Et continuer à t'aimer,
Voilà mon souhait.

Maintenant, tu pars,
Jamais tu ne reviendras,
Perdu quelque part,
Au milieu de ces draps.

Et passeront les nuées.
Dans le silence,
Je t'aime toujours je pense.
A jamais je t'aimerais.

Pourquoi a-t-il fallut?
Ce jour, il n'a que trop plut.
Vidé de mon eau,
Je te regarde monter tout là-haut.

Et pourquoi
Ne te suivrais-je pas?
Je m'étais accroché à toi
Pour que seul tu ne t'envoles pas.

Alors, j'ai décidé
Que je me tuerai
Pour te retrouver
Et pourvoir encore t'aimer.

Ce sol, je le quitterai.
Pour toi, je me suiciderai.
Pour nous, je mourrai
Rien que pour continuer à t'aimer.

Le vent m'emportera tout là-haut
Je serai soulevé par les nuées.
Et dans le froid se cristallisera mon eau.
Je ne serai plus blessé.

Ensemble nous continuerons,
Parmis les hirondelles
Qui se traînent dans le ciel,
Nous atteindrons l'horizon.


F I N

# Posté le mercredi 04 avril 2007 11:20

Modifié le samedi 26 janvier 2008 06:53

The Black Parade

The Black Parade
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The Black Parade


Comme forcé de m'asseoir, je m'affalai sur le siège miteux de l'autocar. J'étais exténué et je ne savais plus vraiment quoi penser. Je revenais d'une de ces journées de lycée où l'on a envie d'hurler au monde entier qu'on est humain, et pas un larbin. J'avais toute une bande d'amis, mais à ce jour, je me demande si le terme ami leur convient. Au début, je pensais que ça n'était que pour rire toutes ces stupidités qu'ils me balançaient. Mais j'ai maintenant compris que non. Ils se moquaient de moi sans scrupule. Au départ, je me disais qu'ils aimaient juste me taquiner. Et comme j'étais le plus jeune, ça se comprenait. Vraiment, jusqu'à ce jour, je pensais qu'ils m'appréciaient. Mais non. Je n'étais que leur pantin articulé, un robot dont ils faisaient ce qu'ils voulaient.
« Bill, va m'acheter des clopes. »
Pas de s'il te plaît, pas de merci, pas de remboursement.
« Bill, tu peux me ramener le mec là-bas ? J'ai deux trois comptes à régler avec lui. »
Pas de s'il te plaît, pas de merci, nez cassé en bonus par le 'mec'.
« Bill, va dire à Sandy qu'elle m'attire et dis-lui que je l'emmène en boîte ce soir. »
Pas de s'il te plaît, pas de merci, la paume de main de Sandy dans la joue en souvenir.
Au début, c'était marrant. Mais plus maintenant. Ces blagues avaient largement dépassé le stade de la plaisanterie. Et le pire, c'est que moi, aussi naïf et inconscient que je puisse l'être, j'acceptais tout ! Bientôt ils me demanderont :
« Bill, jette-toi de la fenêtre. »
Il n'y aura pas de s'il te plaît ni de merci, et en prime je gagnerais un allé simple pour le cimetière.
En clair, Bill, t'étais qu'un mouton...
Le bus démarra, enfin. J'allais pouvoir rentrer chez moi et oublier cette journée désagréable. Je vis mon frère Tom courir à toute allure et frapper à la porte de l'autocar, en retard comme d'habitude. Il s'assit à côté de ses amis. Je lui en voulais presque d'être aussi heureux et bien dans sa peau.
Epuisé, je finis par m'endormir contre la vitre, bercé par le ronronnement du moteur.
Je fus réveillé par un larsen. C'était le micro du bus qui sifflait. Tout le monde avait les mains plaquées sur les oreilles. Je fis de même tant le son était strident. Enfin il s'arrêta et nous pûmes entendre la voix rauque du chauffeur dans le micro.
- Vous ne rentrerez pas chez vous ce soir, vous allez venir avec moi.
Tout de suite, des protestations résonnèrent dans le car. Certains se levaient pour aller manifester contre le chauffeur. Mais, étrangement, ils revenaient rapidement à leur place, comme des... robots, le regard vide, le teint livide, un rictus d'inquiétude marqué sur le visage. Ils se rassirent en tremblant, plaquant leurs mains sur leurs tempes, comme si le micro cirait encore. Mais, à part le moteur, il n'y avait aucun bruit. Je me demandais à quoi rimait cette mauvaise plaisanterie. Entre nous, j'en avais ras le bol des blagues.
Le temps passait, personne ne bougeait ni ne parlait. On aurait dis qu'ils étaient tous dans une léthargie générale, dont je ne faisais pas partie, je ne sais pour quelle raison. Je me demandais bien où allait ce bus. Je me demandais aussi pourquoi tout le monde était aussi froid, aussi calme et pourtant mort de peur. C'est comme si le brouillard givrant de l'horreur était passé par là, gravant la peur sur chaque visage, paralysant chaque membre, rendant l'atmosphère incertaine. Mais moi, je paraissais exclu de cet étrange sommeil éveillé, comme si j'étais privilégié.
J'arrêtai de regarder ces visages blancs pour me tourner vers le paysage. Là, personne ne m'aurait cru si j'avais dis que nous étions au vingt et unième siècle. A mes yeux ébahis s'offraient des maisons aux toits de chaumes dont les portes et les fenêtres étaient défoncées. Certaines demeures étaient brûlées, d'autres effondrées, comme si un ouragan de flammes était passé par là. Le sol était noircit de cendres et la fumée noire s'élevait haut dans le ciel, masquant le soleil. Quelques corps gisaient à terre, inertes, brûlés, mutilés, décapités. Un vrai massacre. Le sang rouge venait contraster avec le noir, marquant ce lieu désolant de la marque du Diable. Certains corps étaient si mutilés qu'ils ne formaient à terre qu'un simple amas de viande noircit. Des bras étaient étendus à côté de cervelles. Je dû détourner le regard pour ne pas vomir. Mais où étions-nous ? Resté relativement calme jusqu'à maintenant, je commençais à m'apeurer aussi. Etrangement, je ressentis une présence tenter de s'infiltrer dans mes pensées. Et je compris. Si je n'arrêtais pas de paniquer, je deviendrais aussi mort vivant que les autres passagers du bus. Je me concentrai vite sur autre chose et réussis à repousser l'intrusion psychique. Malgré tout, mon c½ur battait à tout rompre dans ma poitrine.
Je relevai la tête et regardai vers le devant du bus. Tom était aussi livide et mort d'esprit que les autres. Je ravalai ma salive à deux fois, toujours concentré sur des pensées joyeuses pour m'éviter de sombrer dans ce cortège noir. Tous fixaient devant eux. En y regardant de plus près, je constatai que leurs yeux n'avaient plus de pupilles. Ils étaient tout blancs et parcourus de veines rouges. J'eut peur. A nouveau la présence essaya de s'infiltrer mais je la repoussai bien vite.
Du givre commençait à recouvrir des vitres des flancs de l'autobus. Très vite, je ne vis plus rien au dehors, sauf à travers le part brise. Je refermai mon long manteau de cuir noir. Le froid paralysait mes doigts, puis tout monde corps. Je me recroquevillai dans mon siège, histoire d'économiser de la chaleur. Les autres ne bronchaient pas. Il n'y avait plus que moi d'humain ici. Même le chauffeur paraissait hypnotisé. Je commençai à claquer des dents et je vis même mes pointes de cheveux blanchir tant il faisait froid. Devant, le bus paraissait rouler sur un nuage. On ne voyait plus rien que du blanc. J'avais du mal à contrôler ma peur et la présence guettait la moindre faiblesse de mon esprit. Très vite, j'éprouvai une fatigue insoutenable. Mais je me forçais à rester éveillé, de toute façon, la curiosité prenait le dessus.
Le froid m'empêchait totalement de bouger à présent. Ma respiration s'accélérait sans que je m'en rende compte. Elle était sifflante comme le dernier soupire d'un agonisant. Mais je restais calme. Malgré moi, la peur restait là et la présence aussi. J'avais de plus en plus de mal à me contrôler. Heureusement pour moi, alors que je me sentais partir sous le contrôle de cette étrange force psychique, le brouillard glacé laissa place aux rayons chaleureux et réconfortant du soleil. Cela eut au moins le don de me redonner du courage.
Devant, le bus progressait sur un chemin fait de vieux pavés ocres mal entretenus, prit par la mousse et le lichen. Les vitres se décongelèrent et je pu constater qu'autour, il n'y avait rien d'autre que de la prairie à perte de vue. Quelques mottes de terre, terriers de taupes, venaient égayer quelque peu le paysage de notes marronnasses dans cet océan de vert sal. Et, devant nous, immense, entouré par une cour sans limite, bâtit lui aussi de pierres ocres, s'élevait un château. C'était une vieille bâtisse énorme et glaciale. Les vitraux étaient brises, le pont-levis abaissé et pourri, une tour penchait dangereusement.
Le bus s'arrêta enfin devant le pont. Le chauffeur descendit, suivit de tous les autres, semblables à des zombies. Dehors, il n'y avait rien d'autre que ce château. Il n'y avait pas de vie, rien. Je me dis que je n'allais peut-être pas rester là. Je me décidai à sortir à mon tour, méfiant et prudent. Quand je posai pied à terre, tous, d'un mouvement synchronisé, se retournèrent vers moi. Je vis mon frère me regarder sans me voir de ces yeux blancs. Et, encore plus étrange, ils n'étaient pas vêtus comme à leur entrée dans le bus. Ils étaient tous en noir, habillé d'une longue cape qui traînait par terre. Leurs cheveux étaient noirs, eux aussi.
Très vite, ils se désintéressèrent bien vite de moi et, en rang, marchant d'un même pas, ils entrèrent dans le château. Le chauffeur était au c½ur de ce cortège, vêtu lui aussi d'une cape noire, mais d'un intérieur rouge.
Moi, avec une certaine distance de sécurité, je les suivis. J'entrai dans ce château aux murs plus froids que s'ils étaient de glace. Des tapisseries rouges saturées de poussière les recouvraient lourdement. Au plafond, ils y avaient de lourds lustres, non pas en verre, mais en cristal de roche. Et, entre chaque tapisserie sanglante, encadrés de riches bordures d'or, il y avait des peintures. Chacune représentaient un roi inconnu de ma culture mais qui aurait pu régner à la place de Louis XIV. Ils étaient habillés de la même façon, aussi luxueusement, mais la fleur de lys était remplacée par la rose noire.
J'observais un tableau, laissant le cortège de cette parade noire s'éloigner à petit pas, sans bruit. Bientôt je fus seul. Je me retournai et me retrouvai face à un immense miroir dont quelques morceaux gisaient à terre. Là, je ne pu m'empêcher de crier et la présence frôla mes pensées. Derrière moi, le tableau que je contemplais quelques secondes avant représentait toujours le même personnage. Mais il n'était plus du tout habillé de la même façon. Il était vêtu de la cape noire. Son teint était pâle, ses yeux blancs et de longues canines ensanglantées sortaient de sa bouche. Et il bougeait.
Pris de panique mais repoussant la présence qui voulait toujours entrer en moi, je m'enfuis. Je couru à travers tout le château. Chaque tableau représentait un vampire à présent, mais simplement lorsqu'ils étaient vu à travers un miroir. Je pénétrai dans un couloir jonché de bloque de pierres effondrées. J'arrivai à un escalier. Je m'y arrêtai, me tenant à la rampe pour reprendre mon souffle. Mais ma pause fût de courte durée. A l'autre bout du couloir, le cortège était là et, ensemble, toujours synchronisé, il courait vers moi, les mains griffues tendues vers l'avant. Alors, je repris ma course effrénée. Je montai quatre à quatre les marches. Je grimpai jusqu'au dernier étage : un grenier sans sol. Je fis le funambule sur les poutre, courant sans perdre l'équilibre, pour arriver à l'autre bout qui lui était recouvert d'un vieux plancher. D'étranges malles géantes l'encombraient. Arrivée devant elles, je me retournai. Le cortège était déjà là. Leurs longues canines luisaient grâce aux rayons du soleil qui transperçaient les fenêtres recouvertes d'une pellicule de poussière. J'étais sans aucun doute leur proie... leur déjeuner.
Je ne pouvais plus rien faire, coincé ici. Quel idiot ! Il fallait que je trouve une solution... les malles ! Heureusement pour moi, elles n'étaient pas verrouillées. Avec difficulté, j'en ouvris une. Mais là, j'hurlai encore : elle était remplie de sang coagulé. J'en vomis tant l'aspect et l'odeur étaient répugnantes. J'ouvris les autres, mais elles étaient aussi remplies de ce liquide macabre. Et le cortège noir était là. Et moi, assis par terre, je ne pouvais plus rien faire. J'étais fini. Ils m'encerlèrent, me fixant de leurs yeux sans pupilles. Et bientôt ce fût le noir complet. Je ressentis d'affreuses douleurs, mentales et physiques. Ils me mordaient de partout. Et la présence avait pénétré mon esprit. J'hurlais, je me débattais, mais rien à faire. J'allais mourir dévoré...
Mais le destin s'occupa de moi. Il y eut un bruit assourdissant et le sol sous moi se déroba. Le château entier s'effondra. Des cris, de la douleur, l'odeur du sang mêlé à la poussière....
Et tout s'arrêta spontanément. La lumière revînt. J'étais dans le bus, parmi mon frère, habillé comme à son habitude, et tous les autres. Dehors, la ville s'offrait à nous. Nous rentrions du lycée, rien de plus. Tout n'était qu'un rêve... ou un cauchemar. Mais, devant nous, étrangement, un grand château...


F I N

# Posté le samedi 07 avril 2007 05:58

Modifié le samedi 26 janvier 2008 06:51

Morphine

Morphine
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Titre: Morphine
Personnages: Bill et Tom
Résumé: Une dernière journée ensemble. A deux pour l'éternité.
Warnings: Sang et Lemon



Morphine


1. Révélations
Ils avaient attendu d'être totalement seuls, que la maison soit abandonnée d'individus susceptibles de les juger pour ce qu'ils feront. Ils n'étaient pas anormales, simplement différents des autres. Ce qu'ils feront serait à jamais leur secret. Depuis toujours ils en rêvaient, mais jamais ils n'avaient osé s'en parler l'un à l'autre. Mais, ce jour-ci, sans prévenir, ils s'étaient révélé leur amour. Et tous leurs deux avaient été surpris par l'autre. Sans parler, ils s'étaient mis d'accord pour ne jamais révéler ce sentiment à personne. Maintenant, plus rien ne les retiendrait.
Bill était sous la couette, tout nu dans le lit, et regardait son frère qui lui souriait, assit à côté. Tom était complètement dévêtu, lui aussi. Et tous les deux, ils attendaient que la voie soit libre. Tom caressait les longs cheveux noirs de son petit frère, petit frère d'à peine dix minutes, mais petit frère quand même. Il sentait qu'il devait le protéger, s'occuper de lui. Il voulait l'aimer plus qu'on aime son frère jumeau. Bill, lui, avait sortit sa main de dessous la couette et tirait son frère pour qu'il s'allonge sur son corps. Tom se mit sur le ventre, et seul leurs visages pouvaient se toucher car la couette empêcher le reste de leurs corps d'être en contact. Tom parcourait le visage de Bill en l'effleurant du bout des lèvres. L'androgyne aux cheveux corbeau passa sa main dans la nuque de son frère et tira doucement pour ramener le visage de Tom encore plus près du sien. Leurs lèvres se touchèrent définitivement. Chacun jouissait d'un bonheur si longtemps attendu et désiré. Ils avaient tellement voulu que cet instant devienne réalité, sans savoir que l'autre le voulait aussi.
Tom prit le visage de son frère dans les mains, et Bill entoura le cou de son jumeau de ses bras. Ce fût Bill qui demanda à débuter la danse. Il fit délicatement passer sa langue percée entre les lèvres désirantes de son frère. Tom laissa sa cavalière pénétrer dans son domaine et l'accueillit en s'enroulant autour. Ce baiser dura on ne sait combien de temps. Leurs langues dansèrent ensemble sans jamais vouloir se reposer. Bill arrêta la danse qu'il avait demandé. Mais Tom ne semblait pas vouloir suivre cet ordre. Aussi, quand son frère resserra les lèvres, il continua à les lécher. Bill faisait aller et venir sa main sur les flancs de son frère, pendant que celui-ci passait sa langue sur son nez, puis sur ses paupières closes. Ils sentaient le désire grimper. Mais ce désir était loin d'arriver au bout du chemin. Ils s'étaient promis d'aller... loin.
Quand ils entendirent la porte de la maison claquer, ils surent qu'ils étaient enfin seuls. Rien que eux deux. Alors, ils descendirent dans la cuisine pour accomplir ce qu'on pourrait définir comme le Premier Rituel.

# Posté le dimanche 22 avril 2007 11:49

Modifié le samedi 26 janvier 2008 07:08