Morphine

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2. La face innocente du Premier Rituel
Tom se leva le premier du lit, puis enleva la couette qui tenait son petit frère au chaud. Il découvrit un corps identique au sien, d'une beauté qu'on ne peut jamais égaler. Bill s'étira et Tom toucha la petite étoile que son jumeau avait sur la hanche. Il caressait sensuellement le bas du ventre de son frère, égarant ses doigts sur son nombril et sur son sexe. Bill riait car ça le chatouillait. Il se redressa pour se retrouver assit. Il croisa les bras en se frottant le torse: il avait un peu froid. Mais plus que jamais il était heureux. Tom lui tendit la main pour l'aider à se lever.
Ils se retrouvèrent face à face à se contempler. Et là, il n'y avait plus que leur coupe de cheveux pour les différencier, ainsi que les tatouages du petit frère. Ce dernier s'approcha et colla son corps à celui de son frère. Il nicha sa tête dans son cou et mordilla le lobe de son oreille. Puis, sans qu'ils ne communiquent par mots, ils s'écartèrent l'un de l'autre, puis Tom prit la main de son frère. Ils sortirent de la chambre, Tom devant, son petit frère sur les talons. Ils descendirent les escaliers et, après que Tom s'eut assuré qu'il n'y avait vraiment plus personne dans la maison, ils se dirigèrent vers la cuisine.
Là, Bill resta debout au milieu de la pièce, sur le carrelage à carreaux noirs et blancs. Il avait un peu peur, mais il laisserait son frère s'occuper de lui. Tom caressa son frère pour le mettre en confiance, épousant les formes de son corps de ses paumes de mains. Il déposa furtivement un baiser sur les lèvres de son petit frère, puis se sépara de lui. Il ouvrit le frigidaire et en sortit une bouteille de lait non entamé. Le liquide était alors pur. Tom ouvrit la bouteille et laissa le bouchon rouler à terre. Puis, sachant totalement que faire cela était un jeu interdit, revînt vers Bill qui se tenait toujours immobile au centre de la cuisine. Ce dernier leva la tête et ouvrit la bouche. Tom versa doucement un filet de lait dans la bouche de son frère qui, dans cette position, ne pouvait pas avaler. Mais c'était le but. Bientôt le liquide blanc déborda, Bill toussa, puis le lait ruissela tout le long de son corps. Tom continua à renverser la bouteille jusqu'à ce qu'elle soit totalement vide. Puis, quand la dernière goutte de lait fût tomber sur la peau blanche de son frère, il laissa la bouteille tomber à terre. Bill rabaissa la tête et avala l'unique gorgée qu'il aura pu boire. Le lait recouvrait tout le sol à présent.
Tom se rapprocha alors de son jumeau et commença à lécher sa peau imprégnée de lait. Il commença par le visage, puis descendit sa langue dans le cou de Bill, puis sur sa poitrine, dans son nombril, sur son aine, sur son sexe sur lequel il s'attarda un peu plus. Bill se laissait totalement explorer sans bouger, souriant et gémissant de plaisir au contact chaud de la langue de son jumeau. Il se sentait entier, complet. Il caressait les cheveux de son frère qui s'affairait toujours sur ses parties intimes. Puis, ne tenant plus debout tellement le plaisir devenait grand, il s'allongea par terre dans la flaque de lait. Ce qu'il n'aurait pas dû faire, car Tom arrêta de lui procurer ce plaisir. En revanche, il se positionna à quatre pattes au dessus de lui et, tout en le caressant, l'embrassait amoureusement. Il frottait doucement son corps sur le sien, leurs peaux glissaient l'une sur l'autre grâce au lait. Les cheveux de Bill se trempaient dans la flaque blanche. Celui-ci avait totalement décollé de la planète, comme son frère d'ailleurs, et errait dans l'espace, un espace si grand qu'il eut presque peur en le voyant. Mais en fait, ça le faisait rire. Il ne savait pas pourquoi, mais il riait. Il se sentait si bien, éprit d'une ivresse de bonheur. Tom, lui, souriait tout en recommençant à lécher la peau de son petit frère.
Ils s'étaient promis une histoire unique et belle, que personne ni rien ne les séparerait. Que pour toujours, ils erreraient dans cet espace sans fond ni plafond. Ils s'étaient jurés de braver les interdits, de vivre comme bon leur semblerait, à deux et rien qu'à deux, sans personne pour les juger. Ils n'en n'avaient pas besoin. Ils savaient qu'ils ne s'en sortiraient pas indemne de cette aventure, mais ils voulaient la vivre et la mordre à pleine dent. A deux, ils ne formaient qu'une seule et unique âme, séparément, ils mourraient de solitude et de peur.
Tom se releva et aida Bill à faire de même. Ce rituel, plutôt inoffensif, n'était pas terminé. Mais ils le laisseraient un moment de côté pour réaliser le second.
Ils remontèrent à l'étage, dans la salle de bain.

# Posté le dimanche 22 avril 2007 12:00

Modifié le samedi 26 janvier 2008 07:09

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3. Dans le bain, Second Rituel
Bill dégoulinait toujours de lait et en répandait un peu partout pendant que lui et Tom montaient à l'étage.
Ils allèrent à la salle de bain, où Bill mit l'eau à couler dans la baignoire. Tom l'enlaça dans le dos et passait ses mains sur son étoile. Bill avait relevé la tête et l'avait fait basculé sur l'épaule de son grand frère, les yeux vers le plafond. Puis il se mit à lécher les joues de Tom, qui lui faisait tourner son index dans le nombril de Bill. Bill pouvait sentir dans le bas de son dos la légère excitation que ressentait Tom.
Soudain, un peu plus violemment que tous ses autres gestes, Tom retourna son petit frère vers lui, prit son visage dans ses mains puis l'embrassa. Les mains du petit frère se perdaient dans les dreadlocks attachées de Tom. Puis ils s'arrêtèrent et se regardèrent dans le miroir. Chacun regardait le reflet de l'autre et se souriaient, se tenant la main. Ils étaient si beaux qu'on aurait pu leur attacher de longues ailes de plumes blanches dans le dos. Mais leurs intentions s'apparentaient plus à une tendance démoniaque qu'angélique.
Quand le bain fût près, ils y entrèrent en même temps. Puis ils s'assirent chacun d'un côté. Bill avait ramené ses jambes contre son torse et Tom s'était installé en tailleur. Celui-ci sourit et Bill comprit ce qu'il allait lui faire. Il allait tout simplement le laver.
Tom s'empara du flacon de shampoing et en fit couler sur les longs cheveux plein de lait de son petit frère. Bill ferma les yeux et laissa couler le liquide épais et parfumé sur son visage. Il souriait, il se sentait lavé de tous ses péchés. Il s'allongea dans l'eau tiède et Tom, maintenant penché à califourchon sur lui, commença à le frotter et à le masser. Il lava ses cheveux, puis son torse. Il joua un peu avec son sexe, mais pas trop, il laissait Bill le désirer encore un peu. Celui-ci se redressa et repoussa doucement Tom de son corps, le faisant glisser à l'autre bout de la baignoire. Puis il disparut sous la mousse. Quelques secondes plus tard, Tom poussa un petit cri. Il s'adossa sur la baignoire, se retenant aux rebords de celle-ci. Il écarta un peu les jambes et, sous l'effet du plaisir, poussa les côtés de la baignoire, comme s'il voulait les enlever. Il se mordait la lèvre. Il allait jouir quand Bill refit surface, tout essoufflé, et s'allongea sur lui. Mais celui-ci continua de caresser le sexe de son frère, et Tom finit par lâcher un long soupire remplit de plaisirs. Bill lâcha enfin le membre de son jumeau et lécha l'eau qui faisait briller sa poitrine. Puis, un peu fatigués même s'il était tout juste midi, ils somnolèrent ainsi, Bill sur Tom, Tom entourant Bill de ses bras dans son rôle de grand frère.
Ils étaient comme des rois, agissants comme ils le souhaitaient. Ils savaient qu'à la fin de la journée, ça serait terminé et qu'ils devraient se dire la pire des choses qu'on pourrait prononcer à son jumeau. Mais, ils iront jusqu'à bout, ne pouvant revenir en arrière. La fin, Bill la connaissait déjà, mais il n'en parlerait pas à son frère. Ça gâcherait cette journée, cette unique journée tant attendu. Cette dernière journée à passer à deux dans la plus profonde et scellé des intimités.

# Posté le dimanche 22 avril 2007 12:04

Modifié le samedi 26 janvier 2008 07:10

Morphine

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4. Troisième fois, ton sang pour moi
Au fil du parcours de l'aiguille dans le cadran du salon, Bill s'était endormit sur le torse de son jumeau. Celui-ci était parfaitement éveillé et regardait son petit frère tout en caressant doucement ses cheveux presque secs à présent. Il regardait son visage, si semblable au sien, ses grands yeux clos, ses lèvres légèrement entrouvertes et sa fine main sous sa joue. Il était si beau. Tom aurait pu le regarder comme ça toute la journée s'il le pouvait. Mais il fallait le réveiller. Il ne fallait pas perdre trop de temps. Les parents reviendront et ils ne seront plus seuls pour faire ce qu'ils désirent tant.
Alors, tout doucement, Tom mouilla sa main dans l'eau, devenue froide, et l'appliqua sur la frimousse de son petit frère. Celui-ci soupira en remuant légèrement sur le corps de Tom. Bill souriait, réveillé mais les paupières toujours closes. Il chercha à tâtons, d'une main, les lèvres de son grand frère. Quand il les trouva, il passa plusieurs fois son doigt dessus, puis pénétra dans l'humidité, caressant l'intérieur des joues de Tom, puis sa langue. Puis il retira son doigt et le suça. Il souriait d'un sourire sincère.
Il se redressa un peu, pour mieux remonter vers le visage de Tom. Il s'appuya sur les rebords, de façon à être exclament au dessus de lui, ses lèvres au dessus des siennes. Il les déposa sur celles de Tom en se laissant tomber sur lui, emmêlant ses doigts dans ses cheveux. Tom, lui, caressait son dos, descendant petit à petit vers ses fesses. Il jouait avec le piercing de la langue du petit frère.
Enfin, ils s'arrêtèrent, le temps avançait. La moitié de la journée n'était déjà qu'un souvenir. Ils se séchèrent mutuellement. Tom coiffa Bill, car il aimait être coiffé. Puis ils redescendirent, toujours nus, dans le salon. Bill alla chercher le couteau dans la cuisine. Tom attendait sagement sur le ventre dans le canapé, les jambes relevé, la tête soutenu par ses bras. L'androgyne revînt et s'assit sur le bas du dos de son frère, le couteau en main. Il savait que maintenant c'était Tom qui avait un peu peur. Bill le caressa pour le mettre en confiance, puis il commença.
Non loin de l'épaule droite, il enfonça sur deux à trois millimètres la pointe acérée du couteau. Puis, doucement, il découpa un tout petit bout de peau, de la forme d'un carré. Il le retira et le garda dans sa main. Puis il se pencha sur Tom, qui ne bronchait pas, et passa sa langue sur l'endroit scarifié, puis il aspira. C'était un peu sucré, le sang, un peu amer. Mais c'était celui de Tom, c'était le même que le sien. Il laissa Tom se retourner sous lui, pour se mettre sur le dos. Bill lui fit ouvrire la bouche et y mit le petit bout de peau. Tom l'avala sans rien dire, puis réclama un baiser de son petit frère. Bill exauça son souhait. Puis il frotta un peu son sexe sur celui de son frère dans de petits mouvements de bassin. La chaleur montait au fur et à mesure que l'aiguille avançait vers le moment dernier. Mais ils iraient jusqu'au bout, ils termineraient avant que l'aiguille ne s'arrête pour eux. Mais seul Bill savait cela.
Le troisième rituel étant terminer, il fallait terminer par l'autre partie du premier. La dernière partie de leur aventure.

# Posté le dimanche 22 avril 2007 12:07

Modifié le samedi 26 janvier 2008 07:11

Morphine

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5. Aiguille
Ils se levèrent sans se lâcher et retournèrent à deux dans la cuisine. Ils ouvrirent le frigidaire une seconde fois. Ils prirent alors tout l'alcool qu'ils purent y trouver. Bière, vodka, whisky, passoa, smirnoff. Tout. Ils débouchèrent toutes les bouteilles, pataugeant dans la flaque de lait qui trempait toujours le carrelage. Puis, les bouteilles dans les bras, ils retournèrent au salon. Là allait commencer la dernière partie. La plus dangereuse. Mais seul Bill savait. Il savait ce qu'il ferait, car après ça, il savait comment ils réagiraient tout les deux. Il avait soigneusement caché le couteau sous les coussins du canapé.
Tom prit une première bouteille, sans regarder ce que c'était, et la fit boire à Bill, presque d'une traite. Celui-ci toussa car l'alcool lui brûlait la gorge: whisky, le plus fort. Il prit à son tour n'importe quelle bouteille et soumit Tom à la boire. Ça pétillait et c'était sucrée: smirnoff, le plus léger. Puis Tom s'aggripa à Bill et le fit s'allonger de force. Celui-ci gémissait déjà. Tom lécha son sexe, le mordilla, le suça, fit comme s'il aspirait une paille. Bill griffait les coussins du canapé et soupirait très fort, si fort que ça ressemblait à des cris. Il se griffait même tout seul jusqu'au sang. Tom s'arrêta un instant pour boire, puis cloua le goulot de la bouteille dans la bouche de son petit frère, qui étouffait à moitié, toujours allongé. Il y avait de la boisson partout. Tom reversa le reste de la bouteille sur tout le corps de Bill et le lécha. Puis il reprit son affaire. Bill s'arrêta de respirer au moment de l'orgasme, fermant les yeux, serrant les dents, enfonçant ses ongles dans sa peau. Tom avala la semence de son frère avait de remonter à ses lèvres qu'il mordit, les faisait saigner. Bill faisait de même en mordant sa langue et en griffant son dos.
Puis Tom passa à la vitesse supérieur, car le temps les pressait. Après avoir vider une autre bouteille avec son frère, il le retourna et lui fit écarter les jambes jusqu'à ce qu'il est mal. Puis il mordit ses petites fesses, tout en passant son doigt sur l'orifice. Bill gémissait de plaisir, il croulait. Malgré tout, il pleurait, car l'aiguille s'approchait de la fin à une vitesse trop alarmante. Sans prévenir, Tom enfonça son index, Bill tressaillit. Il remua son doigt, le faisait aller et venir, le tournant puis ajouta son majeur. Le petit frère n'en pouvait plus de soupirer, il attrapa une nouvelle bouteille, qu'il tendit à Tom à moitié vide. Tom retira ses doigts et pénétra son frère avec son sexe. Bill avait mal, c'était sa première fois. Le grand frère ne bougea pas vraiment au début, laissant le petit frère s'habituer à son intrusion tout en caressant ses côtes. Puis il se mit en route, allant et venant, partant et revenant, accélérant et ralentissant, tournant à gauche ou à droite. Bill... se mordait tellement c'était intense. Puis il sentit les violentes pulsions du sexe de Tom qui venait d'atteindre le septième ciel. Lequel se retira.
Puis ils finirent les bouteilles, devenant vraiment ivres. Mais ils restaient étonnement maître d'eux. Bill, par pure volonté, se jeta sur Tom, le faisant tomber et le claquant sur le sol. Il le mordait sauvagement, enfonçant ses dents, sur sa poitrine, dans son cou, sur ses joues. Tom saignait beaucoup et commençait à se demander pourquoi Bill faisait ça. Ce dernier se rattrapa en s'introduisant en lui, le faisant jouir et couiner, tout en jouant avec son sexe en même temps. Tom ne se rendait pas compte une seule seconde que la fin approchait, et Bill cachait soigneusement ses larmes. Le sent se mêlait à l'alcool par terre et Tom baignait dedans. Il ne voyait pas Bill sangloter. Il le sentait juste s'activer en lui, jusqu'à ce qu'il s'arrête, épuisé. Lui aussi saignait. Il embrassa follement son frère. Tous les deux avaient du sang sur les lèvres. Bill plantait ses ongles partout sur le torse du pauvre Tom qui commençait à se débattre. Il ne voulait plus, Bill était fou, trop ivre. Mais en fait non, Bill n'était pas si ivre que ça et, assit à califourchon sur le bassin de son frère, il le coinçait entre la table de salon et le canapé. Tom commença à avoir peur et repoussa son frère. Mais celui-ci résista. Il continua de l'embrasser, de morde ses lèvres et sa langue. Tom criait et s'agitait.
Bill s'arrêta soudainement se redressant un peu. Il regardait Tom en souriant. Lui il ne souriait pas du tout. Il souffrait, mais Bill aussi avait mal. Mais c'était fait exprès. Bill ne prit pa le temps de lui expliquait, l'heure redoutée sonnait. Il prit le couteau caché entre les coussins tout en restant assit sur Tom. Ce dernier s'apeura à sa vue. Mais Bill ne lui laissa pas le temps de paniquer. Il enfonça résolument la lame dans la poitrine de son frère, lequel le regardait sans vraiment comprendre. Là, il fallait faire vite pour qu'il voit que Bill ne le trahit pas. L'androgyne retira le lame du corps encore vivant de son frère puis l'enfonça dans sa propre poitrine. Tom comprit, il sourit. Bill retira la lame et s'allongea sur lui. Ils eurent simplement le temps de s'enlacer et de se serrer ensemble avant que leurs deux c½urs de s'arrêtent exactement au même moment. Ils étaient partit tout les deux vers un autre monde pour une nouvelle aventure qui pourrait durer.
Dans le salon, l'aiguille était arrêtée. Elle sonnait toute seule, ça faisait des années que sa sonnerie ne marchait plus. Elle pleurait, la petite aiguille, elle se serrait en bas du cadran avec sa grande s½ur.
Les âmes habitant le corps des jumeaux s'extirpèrent, enlacées, des ailes dans le dos, voguant pour une autre vie, quelque part, à deux, rien qu'à deux. Leur amour continuerait là haut, que les anges le veuillent ou non.
Le temps s'était arrêté, mais pour eux, tout allait continuer...

F I N

# Posté le dimanche 22 avril 2007 12:10

Modifié le samedi 26 janvier 2008 07:17

You're Beautiful

You're Beautiful
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You're Beautiful


On a eu beau me dire que c'était sans issue. Je me suis tout de même jeté dedans la tête baissée, sourd aux conseilles précieux qu'on me donnait. Je voulais connaître l'amour hystérique. Je me disais assez grand pour me dispenser de l'aide des autres. Et de toutes manières, rien ni personne n'aurait pu m'en empêcher. Ce sentiment était bien trop fort et il me rattachait à elle. Dès que j'avais croisé son regard, j'ai su que c'en était terminé de moi.
Ce jour-ci, comme tous les autres précédents, je me lève dans le noir. Ma mission matinale est de reconstituer un être humain avec mon court passé et le peu de jours qui me reste à vivre. Ce devoir n'est pas sans douleur, mais je le remplis sans protester. Ceux qui vivent avec moi ne me comprennent pas, sauf un.
- Tom ? Ça ne va toujours pas ?
La seule personne capable de me comprendre est mon frère jumeau. Tous les matins au réveille il me pose cette question en sachant pertinemment la réponse. Et je vois dans son regard une profonde tristesse maculée de regret. Il regrette que je me sois transformé, passant du papillon épanouit à la vilaine chenille renfermée dans son cocon. Mais je n'y pouvais rien si elle m'avait brûlé les ailes.
Je me rappelle que c'était dans la rue. Il n'y avait pas plus banale comme rencontre. Comme tous les jours j'affichais ma fierté, à la limite de l'arrogance, et je marchais en direction du lycée, Bill à mes côtés. Le soleil brillait, les oiseaux chantaient dans les branches, une douce chaleur transportait mes pensées. Il n'y avait aucune raison pour qu'un éventuel orage vienne troubler le bon commencement de cette journée. Une légère brise faisait danser mes dreadlocks et tiédissait ma peau. Et, au bout de la rue, faisant route directement opposée à la mienne, il y avait elle. Le vent faisait valser ses cheveux blonds doré. Ses yeux d'un bleu marin miroitaient l'éclat du soleil. Ses formes si joliment dessinées étaient mises en valeur par une courte robe blanche et brillante comme la neige. D'ailleurs, cette jeune fille m'apparaissait à cet instant aussi pure qu'une neige fraîchement tombée.
Doucement, elle se rapprochait. J'étais comme hypnotisé, il m'était impossible de détourner le regard. Je distinguai mieux son visage simple mais parfait. Je me noyai dans l'océan de ses yeux, ces derniers étant finement soulignés d'un trait noir. Ses cils télescopiques encadraient précisément son regard envoûtant. Je ne m'étais même pas aperçu que je m'étais arrêté. Bill s'était retourné et me disait de me dépêcher un peu. Il ne pouvait pas comprendre qu'à ce moment rien ne m'aurait détaché de cette contemplation. Ses cheveux brillaient tellement au soleil qu'ils m'éblouissaient. Ses lèvres si sucrées me donnaient envie d'aller les effleurer des miennes. Ses formes si belles appelaient mes mains à aller les caresser. Sa démarche était gracieuse, ses pas étaient légers comme une plume. Et son regard était si prenant... et si meurtrier à la fois. Je me sentais agoniser au fur et à mesure de son avancement. Je ne trouvais plus l'air indispensable à ma survie. Mais qu'importe ? Elle était là. Et maintenant que je l'avais vu, elle que mon c½ur avait désigné, je pouvais mourir sans regret.
- Tom ! On ne pas passer la nuit là !
Qu'il se taise... Qu'il me laisse savourer cet instant de plénitude. Je vole si haut qu'il serait dangereux que je tombe.
Elle passa à côté de moi. Son parfum me transporta dans un monde raffiné, là où tout est beau, là où tout est absolument parfait et créé avec le souci du moindre détail. Dieu avait dû être incroyablement performant lorsqu'il l'avait créé. Cette fille était tout ce qu'il y avait de plus beau à mes yeux dans ce monde.
Elle disparu derrière moi, m'ayant avalé dans les abysses de ses yeux. Je m'étais à jamais noyé. Je l'avais vu et je savais que c'était l'unique et dernière fois. Une nuit sans fin s'installa en moi. Je savais que je ne l'aurais jamais. Je savais que ce n'était pas la peine que j'aille l'aborder. Elle était tout simplement trop parfaite pour moi.
On aura beau dire que ceux qui ne nous tus pas nous rendent plus fort. Moi, cette fille m'aura tué. Je ne savais pas son nom, je ne connaissais pas son passé ni ses pensées. Je ne savais rien d'elle, à par une seule chose : son regard m'aura noyé.
Quand son image fût disparue, je savais qu'à présent je ne verrais plus que du noir. Je n'imaginerais rien d'un futur qui n'existerait plus. Je me sentais si petit, si faible, si vulnérable que je sentais qu'il fallait que je disparaisse. Je l'avais vu, je pouvais mourir, je pouvais devenir cendre et me laisser emporter par le vent qui me déposera où bon lui semblera. Je pouvais quitter ce monde pour un autre meilleur, là où je l'attendrais sans ciller.
Et me voilà que je tombe. Ça m'aura au moins apprit à ne pas voiler trop haut. La chute fût fatale. Après son passage, il m'était impossible de me relever. Mes yeux s'imprégnèrent de larmes et Bill, qui ne comprenait pas, me ramena à la maison. Il m'amena dans mon cercueil.
Ainsi, tous les jours, je ressasse cette aventure. Ça doit faire environ une semaine que je ne suis plus vraiment d'ici.
Aujourd'hui fût le jour de trop. Bill avait compris que même lui ne pouvait pas me sauver. Il décida d'accomplir mon v½u, ou du moins m'aider à le faire. Il savait de toutes façons que je ne m'en sortirais pas. Il m'habilla, car je n'étais même plus capable de le faire moi-même. Puis il m'emmena sur la digue. Là, je vis les yeux de cette fille dans le bleu de la mer. Et comme quand je les avais vu, ils m'appelaient. Je voulais aller les rejoindre. Je m'enfoncerais dans leur abysse pour ne plus jamais en ressortir.
Bill m'enlaça. Il pleurait très fort. Le ciel aussi pleurait. Puis il enleva ma veste, disant qu'il voulait la garder pour lui. Il me dit qu'il m'aimait, je j'avais tout été pour lui : l'amitié, la fraternité, l'amour, la joie, la tristesse, la beauté... tout. Puis il me lâcha, sécha ses larmes, sourit et s'en alla, me laissant seul avec ce que j'avais à faire. J'étais déjà trempé. Je me tournai vers les eaux, regardai la ligne d'horizon. J'allais enfin la retrouver. Je fermai les yeux et fit le dernier pas de ma marche, de ma vie. L'eau glacée m'entoura, puis commença à s'engouffrer dans mes poumons. Comme la sirène du démon, elle m'entraîna vers le fond, m'arrachant à la lumière. Je mourus ainsi, souriant avec le réconfort d'être dans ses bras.


F I N

# Posté le dimanche 29 avril 2007 11:27

Modifié le samedi 26 janvier 2008 07:19